Cf. Antigone, fragm. iC4; Médée, v. i4 sq
l'Épouse telle qu'elle poutait être 3ip
avoir créé Andromaque, Monime, Bérénice, il avait le droit d'être difficile. On ne nous dit pas qu'il ait jamais eu un regret.
L'idéal d'Euripide, qui paraîtrait aujourd'hui décoloré, s'inspire donc de la réalité antique et cherche à s'en accommoder. C'est un idéal prudent, réservé, pratique. Celui qui le conçoit semble ne pas oser beaucoup demander, de peur de ne pas tout obtenir. Il ne reste exigeant que sur un point : il veut que l'affection de l'épouse soit absolue. Mais l'amour, au degré qu'il fixe, est irréalisable, car il doit avoir l'aveuglement de la passion et une durée que celle-ci n'atteint pas. Ainsi, même en consentant une fois à penser comme nous et à s'abaisser à notre niveau, le poète ne peut diminuer l'élan de son désir, qui ressemble trop à une chimère, pour que nous nous risquions jamais à la poursuivre. Il est vrai que, même dans ce qu'elle conserve d'absolu, la prétention d'Euripide reste grecque, c'est-à-dire un peu égoïste : car, s'il demande beaucoup, il ne promet rien. Et même, il ne souhaite au mari d'être aimé que parce qu'il lui sait des défauts incorrigibles : il voudrait bien que la paix du foyer n'en fût pas troublée. La femme doit prendre l'homme tel qu'il est, sans espérer qu'il s'amende. L'époux, de son côté, est si éloigné de concevoir un amour désintéressé, que, sans l'accepter pour lui-même, il l'impose à la femme, par un calcul dont il ne rougit pas. Ainsi pense Admète. Il laisse Alceste sacrifier sa vie pour prolonger la sienne. Et s'il se désole de sa mort, il n'a pas la générosité de la prévenir.
A côté de cette conception de l'amour conjugal, au-dessus de laquelle l'Antiquité a toujours eu de la peine à s'élever, en voici une autre dont l'humilité a quelque chose de servile qui nous répugne : car je ne crois pas qu 'Andromaque soit une Orientale, une femme de harem I. Les mœurs étrangères sont inconnues à l'auteur des Phéniciennes. C'est une Grecque véritable », une sœur malheureuse d'Alceste, dont elle n'a plus les vingt ans, ni la beauté. Le mari que la légende