I. Decharme, op. ci/., p
a. Ce qui le fait croire, c'est qu'Euripide lui oppose Hermione. Ici, la nature de la femme riche, fière de sa famille et de sa dot, est si accusée qu'il ne subsiste plus rien de la légende. Si Hermione est visiblement une bourgeoise bouffie d'orgueil, il faut bien qu'Andromaque soit un type véritable d'épouse.
lui donne, cet Hector, que Cypris entraînait à toutes les faiblesses, ressemble à nombre d'Athéniens, contemporains d'Euripide, ses amis, hommes de mœurs faciles, inconstants, légers. Sa femme l'accueillait toujours avec un sourire. Elle était indulgente à ses fautes. Elle les connaissait, elle les excusait, elle les acceptait même. S'il manquait de dignité dans sa vie, elle en manquait dans son afTection. Les enfants de son mari, qui n'étaient pas les siens, elle les hébergeait tendrement. Même, elle ne refusait pas de leur donner son laiti. Ce dernier trait nous semble excessif. Qu'on le lise aujourd'hui devant un groupe de femmes, toutes sursauteront révoltées et s'écrieront qu'à ce prix l'amour d'Hector coûtait un peu cher. Et elles auront bien raison. Voilà, cependant, à quelle déchéance aboutissait pour la femme le dérèglement de l'homme, ses mœurs mauvaises, son bon plaisir, si celle qu'il avait prise, être de douceur et de bonté, n'avait pas assez de force pour briser son humiliante servitude.
Mais c'est le propre des poètes de se soustraire à la réalité attristante, et d'imaginer des êtres plus beaux que nos yeux ne les voient. Suivons Euripide dans ses rêves et laissons-nous emporter par ses coups d'aile. Son théâtre nous offre quelques jeunes filles qui sont admirables 3. Arrêtons-nous un instant devant elles. Nous laisserons celles que le temps a mutilées et dont il ne reste que des débris.
Voici d*abord Macarie, cette fille généreuse d'Héraclès et de Déjanire. Dès qu'elle apprend que, pour assurer la victoire à Démophon, roi d'Athènes, et le salut à ses frères et à ses sœurs, les Héraclides, il faut qu'une vierge de sang noble se sacrifie, elle s'offre comme victime et marche librement à la mort, sans même reprocher aux dieux leurs sanguinaires exigences 3. U faut lui savoir gré de cette réserve que
1 Andromaque, v. aaa sqq. Mais peut-être y a-t-il là, comme le fait observer Nestlé, op. cit., p. a56, un souvenir de Vlliade, V, v. 69 sqq.
a. J'omets, pour éviter des redites, toutes les femmes vertueuses et quelquefois héroïques qu'Euripide a imaginées : Alceste, dont il a été si souvent question (cf.
surtout la fm du chap. II), Hélène, dans sa transformation inattendue (cf chap V s iv) Evadne des Suppliantes, Laodamie du Protésilaos, et bien d'autres, sans oublier la vieille Jocaste des Phéniciennes, cette mère si malheureuse et si tendre. 3. Héraclides, \. ^'Jl^ sqq.