‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 284 sur 362 · I. Cf. M. Croiscl, ouv. cité, III, p. i34 sqq · texte numérisé non relu

I. Cf. M. Croiscl, ouv. cité, III, p. i34 sqq

p. MASQUERAI.

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Les précipiter dans le malheur, cela n'a rien que de très naturel, et aucun tragique n'a jamais pu s'en abstenir. Ce n'est donc pas dans les catastrophes lamentables où ils s'effondrent, qu'il faut chercher les preuves de leur faiblesse, mais plutôt dans les idées attristées qu'ils ont sur la royauté, avant même que ces catastrophes éclatent. Car ils jr sont tous, plus ou moins, les frères d'Agamemnon, auquel le sceptre paraît si pesant qu'on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi il le garde. Leurs pensées, sinon leurs actions, sont semblables à celles qu'il exprime avec une mélancolie si prenante, au commencement de VIphigénie à Aulis, dans le silence de la nuit sereine. Tout dort autour de lui, et le chant des oiseaux et le chant de la mer. Sur l'Euripe, les vents se taisent. Les lentes étoiles s'acheminent dans le ciel assoupi. Toute la nature sommeille. Lui seul ne peut se reposer, parce qu'il est roi. Le sort d'un esclave est plus enviable que le sien i. Ainsi, ne pas être dupe des apparences, comme le vulgaire qui ne pense pas, avoir une vue perçante, ou, si l'on aime mieux, être conséquent avec soi-même et soumettre la condition royale à l'examen critique auquel il a tout soumis, telle a été la préoccupation d'Euripide. On prévoit, après cette enquête, la réponse de la plupart de ses rois. Si l'on excepte les Thésée, les Démophon, auxquels l'orgueil athénien ne permettait pas toujours la franchise, les autres nous surprennent par le manque total d'illusions qu'ils ont sur leur état a.

Exagérons un peu leur désenchantement. Lorsqu'on découvre une vérité, on est tenté d'en forcer l'expression. A leur misère intérieure, les rois d'Euripide joindront un aspect affligeant. U faut dire que les lois générales de la mise en scène sont, en partie, responsables de leur accoutrement. Au théâtre, un être dont le moral est affaissé devient très facilement un mendiant, surtout lorsqu'on veut nous apitoyer sur lui. Telle est l'explication de ces haillons royaux, dont l'apparition fit autrefois scandale et dont l'emploi nous paraît un peu naïf aujourd'hui. On cria qu'Euripide se servait, pour émouvoir, de moyens grossiers : ce qui prouve que la valeur symbolique de cette nouveauté ne passa pas inaperçue. Sans être injuste pour celui qui l'avait imaginée, on peut trouver qu'il forçait un peu les choses, puisqu'il ne restait aux rois dans son singulier théâtre ni leur âme, ni même leur

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