LES NOBLES
roulera jamais sur d'autres. Et, en effet, qu'est-ce que la noblesse? Au commencement, quand nous prîmes naissance, la terre nous donna même visage à tous. Nobles, non nobles, nous sommes de même race. C'est le temps et la coutume qui créèrent ces titres dont on tire vanité'. La vraie noblesse ne vient pas du sang, de la richesse, de la force physique a. On se la fait à soi-même, et le hasard n'y est pour rien. On l'acquiert par la rectitude et la dignité de la vie 3. Fût-on né d'un père plus illustre que Zeus, on ne saurait y prétendre si l'on n'est pas un honnête homme ^.
A regarder de près les choses, la noblesse excite moins l'admiration que l'envie. En d'autres termes, Euripide est moins touché des privilèges de Ja supériorité que des embarras qu'elle cause. Les gens médiocres sont jaloux par essence : ils aiment à s'attaquer au mérite, à se coaliser contre lui, à l'accabler sous leur multitudes. Il en est de cette lutte comme de celle que se livrent impitoyablement dans les cités ceux qui sont au pouvoir et ceux qui aspirent à les en chasser. Car la brutalité des ambitions politiques ne date pas d'hier. La foule est importunée par tout ce qui n'est pas vulgaire et bas comme elle 6. C'est un flot montant qui cherche à submerger ceux qui la dominent. Le poète, habitué à la vie candide des solitaires, n'aimait pas outre mesure ses familiarités, qui pouvaient être rudes, même à Athènes. Dans les regards qu'il jetait sur le peuple, il y avait un peu d'inquiétude, presque de l'effroi. Sans doute, il affirmait avec conviction que c'est la qualité qui fait la force des hommes, non le nombre 7. C'est une maxime qu'il devait se répéter, toutes les fois que devant ses yeux le nombre triomphait. Si elle lui donnait quelque consolation, il ne faut pas la lui envier.
Puis, à quoi sert d'être noble, si l'on n'est pas riche? Le v* siècle a vu ce que nous voyons si souvent nous-mêmes : des nobles,