AVANT -PROPOS
comprendre la vie a une grande analogie avec la sienne. Nous souffrons obscurément, parce qu'à des croyances qui nous restent chères s'opposent des certitudes invincibles qui les détruisent. Et notre esprit, secoué par ce choc continu, a peine à trouver un équilibre. N'est-ce pas ce qui s'est passé dans l'esprit d'Euripide, et toute la pensée des poètes antérieurs ne s'est- elle pas figée en lui, quand la réflexion lui découvrit leurs chimères? Il est sur la limite de deux âges : celui de l'imagination qui finit, celui de la science qui commence. Il appartient au passé par son art, fils de l'épopée, au présent par son intelligence qui est une des plus raisonneuses qu'on ait jamais entendues. Quand on aura mis d'accord le cœur et la raison, la lecture d'Euripide ne nous intéressera plus.
Nous n'en sommes pas encore là. C'est pourquoi j'ai étudié encore une fois, malgré tous ceux qui m'ont précédé, les idées de ce poète. Wilamowitz ne s'en est guère occupé, Decharme l'a fait un peu vite, Nestlé y a mis une application pénible, Verrall, au contraire, trop de fantaisie. J'ai cherché dans ses tragédies ce qu'elles exprimaient de l'âme et de la vie des hommes de ce temps-là, ce qui demeure en elles d'éternellement jeune et d'immorlellement vivant. En d'autres termes, j'ai essayé de retrouver dans le passé la source vive du présent.
Il est vrai que depuis quelque temps nous nous détournons de l'Antiquité. Notre vie agitée ne nous laisse aucun loisir pour penser aux morts. Nous affectons de dire qu'ils n'ont rien de commun avec nous. Les connaissons nous bien? Et ceux qui dans notre pays ont le devoir de les faire connaître aux autres s'y prennent-ils toujours comme ils le devraient? Je ne sais si les livres si documentés qu'ils publient sont très attirants, et si la science minutieuse et un peu enchevêtrée de l'Allemagne est celle qui nous convient. Nous aimons la clarté, les idées précises, la lumière. Les Grecs qui divinisèrent Hélios avaient déjà nos goûts. Il faut donc parler d'eux comme ils parlaient de toute chose, avec simplicité^ ou du moins tâcher d'écrire sur eux des livres sans trop allonger les notes au bas des
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