‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 307 sur 362 · Iphig. à Aulis, v. 3o3 sqq · texte numérisé non relu

Iphig. à Aulis, v. 3o3 sqq

la dot de l'épouse I. Il déclare expressément lui être plus dévoué qu'au roi a. Or, comme il vient d'être maltraité à cause de ce dernier, il sacrifierait, sans hésiter, ses jours pour sa maîtresse. La servitude,' au lieu de provoquer la haine, a fait naître en lui l'amour. Il est vrai que Clytemnestre traite cet homme avec de nobles égards. On le voit bien, quand elle le presse de s'expliquer sur ce qu'Agamemnon prépare dans le camp à Iphigénie. La réponse était difficile: il fallait trahir le secret du maître, et ce secret n'était pas ordinaire. Mais Clytemnestre sait s'y prendre pour décider le vieillard à parler. Elle n'élève pas la voix, ne le menace pas. Elle abaisse seulement vers son esclave, en un geste auguste, sa main de reine3. Œdipe, pour arracher une réponse à l'un de ses bergers, n'avait pas cette douceur 4.

Dans le théâtre d'Euripide, Clytemnestre n'était pas la seule femme qui usât de cette mansuétude. Souvenons-nous d'Alceste, et des pleurs que versent ses serviteurs, quand elle est mourantes. Car, sur le point de rendre l'âme, quand elle faisait de si tendres adieux à tout ce qu'elle aimait, elle pensait aussi à ses esclaves. Elle tendait la main à chacun. Elle adressait la parole aux plus humbles. Elle recevait leurs adieux éplorés6. Et ceux-ci avaient bien raison de Taimer, car sa bonté était compatissante et adroite. Elle n'exigeait pas d'eux une impossible perfection: elle savait qu'ils étaient sujets à faillir; elle comprenait leurs fautes, les excusait. Bien souvent même, elle protégeait les délinquants contre la colère du maître. Ce n'était pas la meilleure des maîtresses, c'était une mère 7. L'expression est célèbre. Eût-on lu vingt fois le vers qui la contient, on en est toujours surpris, tant nous sommes habitués à penser que le christianisme a le premier enseigné au monde à aimer ceux qui souffrent.

Mais le poète ne nous abuse-t-il pas par sa générosité naturelle, en nous faisant de la réalité une peinture embellie.:> Son Alceste, qui

I. Iphig. à Aulis, v. 46 sqq., v 86o, v. 867 sqq. a. Ibid.,\. 871. Cf. V. ii/i.

?■ ^?:' ""'i^^- ^^ ^''^ l'interprétation de Markland. acceptée par Weil

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