Alceste, v. 770. Remarquée le rejet de ce mot jiVÎTrjp
LES ESCLAVES
a déjà le cœur d'une chrétienne, est trop en avance sur son temps, pour que les Athéniennes du v" siècle lui aient toutes ressemblé. Si les esclaves qui vivaient à la ville n'étaient pas condamnés à une besogne très dure, il n'en résulte pas qu'ils n'eussent rien à souffrir de leur assujettissement, surtout les femmes. On peut en trouver la preuve dans Euripide lui-même. Comme il nous la donne à son insu, elle mérite d'être remarquée.
Quand Polyxène, après la prise de Troie, est faite esclave, elle imagine et nous raconte la vie qui l'attend. Elle deviendra la chose du maître, auquel on l'aura vendue. Elle sera contrainte de pétrir le pain, de balayer la maison, de tisser la toile, de subir les caresses de quelque esclave i. Car cette vierge est très avertie et rien de ce que l'avenir lui réserve n'échappe à son clair regard. La vision de ce dernier opprobre la révolte. Jamais elle ne s'y résignera. Elle aime mieux l'Hadès et sa nuit éternelle, dans laquelle elle se précipite, sans fermer les yeux.
Les femmes esclaves savaient bien que Polyxène n'exagérait pas. Toutes n'avaient pas la chance d'Andromaque qui, pour avoir plu à son maître, avait été presque élevée au rang de reine. Cela d'ailleurs avait failli lui coûter cher. Et, si nous essayons de découvrir ce que cachaient en leur mystère les maisons athéniennes, nous y soupçonnons bien des tristesses. '
La promiscuité des femmes et des hommes n'a nulle part été sans péril. Qu'arrivait-il, quand les premières n'étaient même pas maîtresses de leur corps, et que les seconds pouvaient tout sur elles? L'amour n'a jamais été regardé comme une chose sérieuse en Orient, et Athènes n'en est pas très éloignée. Il faudrait toute la candeur des temps homériques pour admettre que, lorsque de jeunes femmes rendaient à de jeunes hommes les soins intimes dont on nous parle au IV" livre de l'Odyssée^, et souvent ailleurs, il ne se passait jamais rien entre eux. Notons que, même en ce temps-là, cette candeur tendait à disparaître. Ulysse prie les femmes de Nausicaa de le laisser seul, quand il se baigne3. Sa réserve nous plaît. Au v* siècle, était-elle toujours imitée? Avait-on conservé cette belle pudeur de la nudité qui s'ignore