Suppliantes, v. 4aG
nom même que portait le malheureux; il fallait bien que Capanée fût foudroyé et que son corps fût réduit en fumée, puisque le mot « fumée .> se dit en grec xaïuvo;. Espérons que les hérauts grecs n'éUient pas tous les jours aussi spirituels i .
Le reproche de duplicité qu'Euripide leur adresse semble plus naturel. Dans XOresie, quand le procès du fils d'Agamemnon est débattu devant le peuple argien, Talthybios, malgré son admiration et son amour pour le roi d'Argos, n'ose pas soutenir la cause de son fils. Si les amis d'Égisthe risquent de ne pas être satisfaits de ce qu'il dit, il se tourne vers eux, leur sourit, les apaise, « car telle est cette engeance des hérauts : ils sont toujours du côté du plus fort a. » - Cette animosité d'Euripide, si persistante, si vivace, a dû être inspirée par des événements contemporains dont on a négligé de nous instruire. Il est peu probable qu'il ait eu tort de haïr ces personnages. Remarquons que le sentiment populaire à leur égard a de grandes analogies avec le sien, si l'on en juge par les rôles peu flatteurs qu'Aristophane, d'accord avec l'opinion commune, impose souvent à ses hérauts, même quand ils sont divins. Qu'on se rappelle l'Hermès du Ploutos^. C'est un pauvre hère qui meurt de faim, et qui, en échange de quelque nourriture, accepte avec reconnaissance de laver les entrailles des victimes 4. Homère n'imaginait pas ainsi l'envoyé de Zeus. Mais s'il a tant déchu dans les idées de la foule, n'est-ce pas parce que ses successeurs terrestres avaient tout fait pour avilir les fonctions dont il avait autrefois été chargé parmi les dieux ?
Son mépris des athlètes est plus explicable, parce qu'il n'est pas sans analogie avec quelques-uns de nos sentiments modernes. Ces gens-là lui inspirent de la répulsion, et U trouve déraisonnables les honneurs que ses contemporains leur accordent. Il a dit à peu près tout ce qu'il pensait d'eux, dans un fragment célèbre de ÏAutofycos.
1. Suppliantes, v. 496 sqq. Disons que ces explications sont usuelles dans le drame grec. Certains personnages ont des noms comprometUnts, dans lequel est annoncé clairement, pour celui qui sait lecomprendre, leurpropre malheurou celui des autres Cf. Agamemnon, v. 689; Ajax, v. 43o sq., et bien souvent ailleurs
a. Oreste, v. 896 sq.