Autolycos, fragm. a8a
que nous connaissons bien aujourd'hui, et que nous appelons des professionnels. Ils existaient déjà de son temps. Bien que Solon eût diminué les gratifications des vainqueurs ', elles restaient encore assez fortes, et les sommes d'argent qu'on leur donnait, à Olympie ou ailleurs, étaient assez rémunératrices pour que l'athlétisme devînt un métier. Or, ce n'était pas la sagesse des philosophes, on le devine, que les athlètes de profession cherchaient à acquérir, ni la modération des désirs, ni l'esprit, puisque dans leurs périodes d'entraînement, à une époque où cet entraînement était devenu un art, on leur interdisait à table les conversations un peu fines, parce qu'elles leur donnaient mal à la tête 2. '
La gloutonnerie de ces gens-là avait quelque chose d'effrayant. S'ils s'abstenaient de vin, ils n'épargnaient pas la nourriture solide. Milon ne dévorait-il pas, en un seul jour, un taureau de quatre années 3? Aegon n'engloutissait-il pas quatre-vingts galettes à lui seul 4? Héraclès, patron des lutteurs antiques, avait un appétit formidable: rénumération des victuailles qu'il engouffrait dans ses expéditions, — fournées de pains, marmites de purée de pois, bœuf entier, volailles, poissons salés, gâteaux, fromages, galettes, vin délectable, sans oublier les gousses d'ail 5, tout cela formait un menu interminable. Mettons qu'on ait beaucoup exagéré les choses. Quand on lit les prescriptions hygiéniques auxquelles il se soumettait, l'athlète ressemble fort à une machine qui broyait des aliments, les digérait, les expulsait 6. Il dépensait environ deux mines de viande par jour, affirme Galien, qui ajoute même que cette somme lui suffisait à peine. A ce jeu-là, qui coûtait cher, il pouvait bien arriver à quelques-uns, comme le dit Euripide, de dévorer leur patrimoine, surtout si les prix se faisaient trop attendre dans les concours. Or, à quoi servaient de pareils goinfres? L'athlète, avec ses membres épais, pouvait n'être qu'un soldat médiocre. A la guerre, on ne s'est jamais
I. Plutarque, Vie de Solon, a3. Diogène Laërce, I, a, 55. a. Plutarque, De sanitate tuenda, ao.
3. Athénée, X, 4ia. Voir tout le passage où sont énumérécs les goinfreries les plus célèbres de ces prodigieux mangeurs. Inutile de remarquer qu'avec la meilleure volonté, on ne peut y croire, mais on ne prête qu'aux riches.