‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 316 sur 362 · Théocrite, IV, v · texte numérisé non relu

Théocrite, IV, v

5. Grenouilles, v. 5o3 sqq., v. 549 sqq. Rapprocher la scène de VAlceste où Héraclès s'enivre en mugissant des chansons bruyantes.

G. Voir, dans le Dictionnaire de Daremberg et Saglio, l'article de Busscmakcr sur les athlètes. C'est là que je prends le texte de Galien.

LES ATHLÈTES SSq

battu à coups de poings. Toute cette satire de l'athlétisme est donc rigoureusement justifiée.

A la censure Euripide mêle l'ironie. Elle est presque cruelle. 11 nous montre ces hommes, ici comme ailleurs», fiers de leurs muscles, beaux corps sans pensée, statues sans âme des places publiques». Et, quand a sonné l'âge de la retraite, qui pour eux arrivait avant la quarantaine, sans pitié, il les suit jusque dans leur vieillesse, où il nous découvre leurs membres décharnés, leur corps autrefois si vigoureux, maintenant si débile. N'oublions pas qu'il a toujours été épris de beauté jeune. L'affaiblissement d'un être accablé par l'âge ne lui a jamais paru enviable. Pourquoi ferait-il une exception pour des gens qu'il n'aime point? 11 faut donc que, chez lui, les athlètes vieillis aient l'allure et la faiblesse presque ridicule de ses choreutes et de ses Œdipe.

Pour accuser leur déchéance, il suppose que tous étaient dans leur jeunesse de nobles types de beauté virile. Cela est-il sûr? Quand on regarde les images que l'Antiquité nous a laissées d'eux, il faut en rabattre. Quel air dur ils avaient parfois, et comme on sent une cervelle étroite sous leur crâne épais 3!

Voilà la raison du mépris d'Euripide. Un homme de pensée fervente n'inclinera jamais cette pensée devant celui qui n'a que des muscles. Socrate n'avait pas pour la gymnastique un culte démesuré^. 11 savait trop que l'esprit dirige le monde. Au temps cTAnaxagoras, cette vérité avait tout l'éclat des paradoxes. Mais celui dont la vie cérébrale est ardente n'a souvent qu'un faible corps, et ce n'est pas un avantage. A son peu d'estime de l'athlète qui ne raisonne pas, peut se joindre un sentiment voisin de la haine. Il est si cruel, si révoltant pour la pensée qui se sait vigoureuse, d'être obligée quelquefois de s'humilier devant une force au fond si faible !

Peut-être faut-il ajouter autre chose. Xénophane, après avoir vu à Olympie les honneurs que l'on accordait à ceux qui triomphaient dans

I. Électrey v. 887 sqq., v. 862 sq., v. 883 sq.; Phaéthon, fragm. 876; Antiope, fragm. 199.

a. Démosthène, Sur la couronne, 129, appelait aussi Eschine une belle statue, et ce n'était pas un compliment.

3. Voir dans les Meisterwerke der griechischen Plmtik de Furlwângler, taf. XIX, la reproduction d'une tète caractéristique d'athlète dont l'original est au Musée de Berlin.

4. Mémorables, I, a, a4. Ajouter ce que Platon fait dire à Socrate dans V Apologie, 30 D.

p. MASQUERAT.

les jeux, disait que ces vainqueurs ne le valaient pas. La philosophie lui paraissait supérieure à ces vanités. Bien au-dessus de la force des hommes et de la vitesse des chevaux, il plaçait sa sagesse. Et cette conviction, il Texprimait à haute voix, sans fausse modestie, comme une chose indiscutable».

Sans opposer sa valeur propre au mérite douteux de lathlète, car un tragique ne peut pas parler en son nom personnel, Euripide pense comme Xénophane, le maître supérieur de son esprit. Les foules qui applaudissaient les athlètes dans les jeux, applaudissaient-elles ses drames au théâtre avec le même enthousiasme? 11 dit qu'il faut préférer aux luttes gymniques les discours des sages. Quels sont ces sages, et qui oserait assurer qu'il ne se compte pas parmi eux? Ce mépris qu'il éprouve pour l'athlète, et qui est commun aux intellectuels de tous les temps, peut donc se compliquer ici — il n'y a aucune désobligeance à le constater — de quelque envie, car il eut toujours de son vivant un mince succès. Il importe d'autant plus d'indiquer ce sentiment, que celui qui l'éprouvait aurait été très mortiHé, si on l'avait soupçonné en lui.

Ne méprisons pas la force musculaire. D'abord, il n'est pas donné à tout le monde d'en avoir une autre. Heureux même qui la possède, puisque tant de gens sont faibles de corps, et qu'ils en souffrent! Puis, cette force est elle toujours de la maladresse? Guidée par la seule bonté, n'est-elle pas quelquefois supérieure à l'esprit? Quand Héraclès débarrassait la terre des monstres qui l'encombraient, ne faisait-il pas une œuvre que les plus grands sages ont diversement rêvée, et qu'ils n'ont jamais accomplie? Pourtant, l'intelligence d'Héraclès n'était pas vigoureuse. Hippolyte était aussi un athlète. Il voulait être le premier dans les luttes helléniques a. Ce vœu ne lui a pas nui dans l'amour qu'il a laissé en nous, puisque, s'il ne l'a pas réalisé, parmi les beaux éphèbes de l'Antiquité, c'est encore à lui que nous donnerions aujourd'hui la couronne.

Mais Hippolyte était un bâtard, et comme tel, puisqu'il souffre d'une injustice dont il n'est pas responsable, l'écrivain qui l'a créé est

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