‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 319 sur 362 · LA VIE ACTIVE. LA VIE STUDIEUSE · texte numérisé non relu

LA VIE ACTIVE. LA VIE STUDIEUSE

vie qu'ils avaient adopté. Zéthos, d'un caractère énergique et même un peu dur, préférait l'activité virile, l'effort continu, le labeur sain qui réconforte. Amphion, au contraire, donnait tous ses soins à l'esprit : il le voulait vigoureux. II aimait les loisirs réfléchis, la quiétude, loin des afl'aires et des aventures. La gymnastique et la musique, qui avaient réussi jusqu'alors à former l'honnête homme i, ne gardaient plus pour eux une harmonie bienfaisante. L'équilibre était rompu entre les soins du corps et ceux de l'esprit. Naturellement, chacun des jumeaux, obstiné dans ses convictions, condamnait la vie de l'autre. L'un disait : « Un homme fortuné qui néglige ses affaires et qui, tout au charme de la poésie, ne s'occupe qu'à chanter des vers, sera inutile à sa famille ainsi qu'à la cité ; pour ses amis, il ne comptera plus. La nature s'énerve lorsqu'on se laisse vaincre par l'attrait du plaisir». » L'autre, reprenant quelquefois les expressions mêmes de son adversaire, réfutait ces allégations : « Un homme fortuné qui se refuse tout ce qui peut embellir la vie n'est pas, selon moi, un homme heureux : il n'est que le gardien d'heureux trésors 3. » H ajoutait : (( Quelle folie de s'agiter sans répit, quand on pourrait ne rien faire et vivre agréablement dans un doux loisir M » H concluait enfin : « Qui vit tranquille est un ami sûr et un bon citoyen : ne me vantez pas les aventures. Je n'aime la témérité ni dans les pilotes, ni dans les chefs d'États. »

Quand chacun des plaideurs avait épuisé ses raisons, le chœur n'osait pas prendre parti dans leur querelle. Ce n'était là qu'une louange détournée de l'art avec lequel les deux théories avaient été défendues, car il était bien impossible qu'Euripide donnât tort au doux Amphion.

Les idées qu'exprime ce jeune homme sont chères au poète. N'oublions pas qu'Ion, cet autre partisan de la vie de réflexion, se proclame heureux, et l'est en effet, malgré sa pauvreté, son abandon,

I. Cf. J. B. Eggrer, Begriff der Gymnastik bei den alten Philosophen und Medizinern Inaug. Diss. Freiburg in der Schweiz, 1908. Voir surtout, p. 20 sqq., les idées dé Platon sur la gymnastique. Comparer Furtwângler, Die Bedeutung der Gymnastik in dergriech. Kunst, Leipzig, Teubner, 1906.

a. Àntiope, fragm. 187.

3. Ibid., fragm. 198. La lecture, non le sens, du vers 2 est douteuse. Au vers t^ eùôatfiôvwv de VVeil est plausible, 5u«T6at>ova de Hense ne l'est pas moins. '

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