‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 320 sur 362 · Ibid.. fragm · texte numérisé non relu

Ibid.. fragm

parce qu'il jouit, auprès du dieu qu'il sert, de ce qu'il y a de plus doux, dit-il, au cœur de l'homme :Je^loisiri. Car le bonheur est chose relative, et on peut le goûter dans une humble condition, aussi bien qu'au rang le plus élevé».

Pour lui, il aime la médiocrités. Son aversion naturelle pour la haute fortune qu'on lui offre en est la preuve. Aux sommets, d'où la vue s'étend et s'égare, il préfère les horizons adoucis des plaines. Il faut que Xouthos le supplie presque, pour qu'il consente à être fils de roi. Et l'on ne peut douter de la sincérité de ses répugnances.

Quel attrait pourraient avoir pour lui les richesses de celui qui prétend être son père? Compensent-elles les soucis dont celui-ci est rongé et les critiques dont on le harcèle, puisqu'il est roi? Quelle que soit sa puissance, il ne peut contenter tous ses sujets. Ion est plus heureux dans le temple de Delphes. Les gens qui s'y pressent en foule déroulent devant ses yeux leurs théories toujours nouvelles, toujours mouvantes^. En leur nom, il interroge Apollon, dans la divinité duquel il a foi. Il lui remet les offrandes de ceux qui le consultent. En échange, il apporte aux uns la joie, aux autres l'espérance! A personne il ne cause de peine. Ses journées sont remplies, dès l'aurore, par tous les bienfaits qu'il dispense. Quel roi pourrait en faire autant?

Ion, il est vrai, a la partie trop belle pour qu'on discute avec lui, ou plutôt il lui plaît de se la faire telle, au moment où il va quitter le temple. La vie qui se dérobe et qui se cache est-elle toujours aussi bienfaisante? Quoi qu'il en soit, Euripide n'a pas cessé de la recommander. Il avait de la méfiance, non contre l'activité, mais contre l'ambition. Celle-ci peut de nos jours être très variée. En ce lemps-là, on ne connaissait guère que l'ambition politique, ou plutôt Euripide! rétrécissant singulièrement la question, affecte de croire qu'elle existait seule. Il la regarde comme une divinité malfaisante : « EUe entre dans les maisons, dans les cités, dit-il; quand elle en sort, elle ne laisse que des ruines. C'est folie de se donner à elle 5. »

Page 1