Héeubty V. 3o6 gqq
l'étude rend ceux qui s'y appliquent odieux au vulgaire, dans la même proportion qu'elle les élève au-dessus du niveau commun. Sans doute, Euripide ne suivit pas lui-même ce conseil attristé», mais il put en avoir du regret, car il ne semble pas avoir été aimé outre mesure par ses concitoyens a. La multitude est jalouse d'instinct. Ses maîtres, ou plutôt ses esclaves 3 n'ont pas toujours l'occasion de se féliciter de son humeur et de ses caprices V Enfin, puisqu'un père ne laisse pas à des enfants déraisonnables loute leur liberté, c'est une vraie folie de ne pas restreindre la sienne^.
Le tableau est peu flatteur. Mais les orateurs que le poète y ajoute ne prouvent-ils pas qu'il est exact? Ils ont les défauts qui conviennent à leur auditoire, car une assemblée n'a d'autres conseillers que ceux dont elle est digne.
Disons aussi qu'Euripide en toutes ces critiques fait songer involontairement à Aristophane. Le bonhomme Démos, vieillard radoteur, ne rappelle-t-il pas le dessin moins appuyé du tragique, autant que se ressemblent, inspirés par le même modèle, une caricature de fantaisie et une esquisse sérieuse? Et cet autre orateur de VOreste, ce bavard infatigable dont l'audace seule fait la force, et qui compte sur le tumulte et sur sa faconde ignorante pour réussiras n'est-il pas le frère du charcutier des Chevaliers, ce vigoureux braillard dont l'élocjuence assourdit ceux qui n'ont pas la chance de l'entendre de loin? H est inutile d'insister. Puisque toute l'Antiquité reconnut Gléophon dans la vivante silhouette de la tragédie, il fallait bien, comme le reste, qu'elle fut faite d'après nature.
Un tel état de choses expose la cité à de grands périls. Le peuple est libre, mais il est la proie des orateurs. Que va-t-il advenir? Leurs discours, qui le rendent hautain 7, lui procurent du plaisir. Sait-il ce que ce plaisir lui coûte? Sait-il que ces flagorneurs, riches en appa-