‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 333 sur 362 · F. F., io · texte numérisé non relu

F. F., io

LA TYRAÎINIE 3.7^

II devait en être ainsi, puisque la force seule était maîtresse. Les choses ont été modifiées depuis. Le tyran est un usurpateur, parce qu'il se met au-dessus de la loi, qu'il en dispose à son gré, qu'il est seul le maître, que l'égalité est détruite, qu'il est en un mot le fléau delà cité'.

— « La tyrannie vaut bien un crime, » dira Éléocle, « et s'il convient d'observer en toute chose la justice, pour être le maître on peut bien une fois s'en dispenser ». » — C'est là une maxime chère aux ambitieux 3 et fatale à leur bonheur. Le tyran qui doit nécessairement plaire à la foulée dont il dépend, est de toutes parts menacé par des convoitises jalouses 5. C'est à tort qu'on lui porte envie, car au fond de son palais, traînant sa vie dans la crainte et les soupçons, personne n'est plus misérable que lui 6. H est contraint de frapper et de mettre à mort ses amis, dont il a toujours à redouter quelque complot 7. Et parce que le meurtre appelle le meurtre, il fauche et moissonne les jeunes courages, comme les épis d'un champ au printemps. A ce jeu inhumain, il s'habitue et prend goût aux passions cruelles. Entouré de scélérats 8, car il lui est interdit d'avoir des honnêtes gens à sa cour, il ne respecte plus rien, ni les richesses d'autrui, ni les jeunes fiUes élevées chastement dans la maison maternelle o. Ses violences le font exécrer. Il jouissait d'une félicité qui paraissait solide. On est surpris de le voir s'effondrer tout d'un coup, au moindre choc 'o.

Pour éviter la tyrannie, il est utile de savoir ce qui la fait naître. Une cité dont les forces sont en équilibre n'a pas à la redouter. Ce sont les dissensions qui la provoquent. Quand le peuple est mécontent et mal gouverné, les chefs de parti, ambitieux et habiles, exploitent ses querelles, proûtent de la faiblesse et des fautes de celui qu'ils veulent supplanter, le renversent, se mettent à sa place; les honnêtes, gens laissent faire. Ainsi Lycos tua Créon et devint tyran d'Argos.

I. Antiyone, fragm. 17a; Alcméon, fragm. 79; Suppliantes, v. Itjg sqq. a. Phéniciennes, v. 5a4 sq., v. 549.

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