LA CITÉ
linlervention mystérieuse de Dionysos et d'Aphrodite. Euripide fait de même. Il mêle à la lumière d'Athènes la blonde apparition d'Harmome^mère des Muses, et ceUe de Cïpris, tout enguirlandée de roses parfumées, qui puise dans les eaux du Céphise la fraîcheur qu'elle souffle sur l'Attique. Elle y envoie la troupe des Amours, compagnons de la sagesse et auxiliaires de toutes les vertus». Ainsi à la beauté extérieure de la cité, vue avec des yeux très clairs, l'artiste ajoute une sorte de beauté morale, qu'il discerne avec les yeux de son âme. S'il faut aimer Athènes, c'est, dit-il, parce que cette ville est belle, c'est aussi parce qu'elle a plus qu'une autre le culte de la poésie, qu'elle est une école de modération, qu'elle enseigne la tempérance et l'équilibre dans les désirs.
Sans doute, l'éloge est idéalisé. C'est plus celui qu'Euripide voudrait avoir à faire d'Athènes que celui qu'elle mérite. 11 voit sa patrie dans un rêve de beauté : tous les esprits y marchent docilement dans la voie vertueuse, où seuls, en réalité, cheminent quelques sages.
Mais comme ces sages ont dans l'avenir prévalu contre la multitude puisqu'ils ont fait entendre quelques paroles que nous n'avons pas oubliées, Euripide, dans la description qu'il a faite de sa patrie a eu raison de mêler à sa beauté extérieure sa beauté morale, ou plutôt de distinguer à peine l'une de l'autre. Athènes est la cité lumineuse et sage. Dans l'esprit du poète, les deux choses se confondent. C'est parce que ses habitants respirent un air si pur qu'ils ont l'esprit si délié.
Les autres peuples, qui n'ont pas une patrie aussi noble, seiont-ils obligés d'aimer la leur? La^oL^tgénérale», et, d'ailleurs, il n'y en a pas de plus douce. Est-il rien de plus cher à l'homme que le pays natal3? Tout l'or, toutes les richesses de la terre ne le valent pas aux yeux du sagei. Par l'action, par la parole, par toutes les forces dont il dispose, il doit travailler à son salut».