Palamhde, fragm. 58i, avec la correction de Meineke
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394 EURiriDE ET SES IDEES
Or, qui admire, qui envie, qui vante la gloire militaire? La multitude. Comme il se méfie beaucoup de ses jugements, puisqu'il a passé toute sa vie à les reviser, il étudie cette gloire, en cherche les raisons, les discute. Et voici ce qu'il écrit : « Quand une armée dresse des trophées, on ne pense pas que sa victoire soit l'œuvre de ceux qui ont été à la peine : le général seul en recueille l'honneur. Gomme les milliers de soldats qui l'entourent, il a brandi sa lance et n'a rien fait de plus que chacun d'eux. Pourtant on ne parle que de lui». » Donc, le chef se bat dans la mêlée comme le premier venu, il ne donne aucun ordre, ne combine aucun plan, la victoire ne lui appartient pas et sa gloire n'est pas justifiée: c'est singulièrement diminuer, au profit de la foule, le rôle de celui qui est à sa tête. Nous savions déjà qu'Euripide ne détestait pas les paradoxes, surtout ceux qui font plaisir au peuple a. En voilà une preuve nouvelle.
Quant au courage, qu'il ne nie pas, mais qu'il distingue avec soin de la vigueur musculaire, en le plaçant dans l'âme seule 3, il est très difficile, selon lui, d'en constater les effets dans le combat, par la raison très simple que tout y est confondu pêle-mêle. C'est une idée sur laquelle il insiste. Quand il l'émet dans les Suppliantes ^^ on l'explique par l'allusion méchante qu'il fait aux Sept contre Thèbes. Mais on la retrouve ailleurs. Elle paraît lui être chère. Il est bien entendu pour lui qu'en regardant une lance, on ne peut savoir si le soldat qui la porte est un brave ^, parce qu'on n'a jamais vu comment il s'en sert, à cause du désordre, de la poussière, et je dirais volontiers de la bousculade de la lutte. Voilà qui était bien imaginé pour trancher court toutes les hâbleries des Lamachos de ce temps-là.
Le raisonnement est-il sérieux? Sans doute, puisqu'il le paraît et que par surcroît il est désobligeant pour les gens de guerre. Euripide a de l'aversion contre eux. Son humeur narquoise a bien su où les blesser.
Malgré ses plaisanteries de pince -sans -rire, leur nombre grandit avec la guerre qui s'éternise. Dans la cité, il les trouve encombrants.