‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 358 sur 362 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

renl à leur vraie place, parce qu'elle n'est pas enviée. Sur certaines gens qui attirent l'admiration irraisonnée du peuple, il multiplie les remarques désobligeantes, et quelques-uns, on l'a vu, n'ont pas lieu de se féliciter de sa franchise.

Ainsi, en tout, il s'obstine à découvrir ce que l'on a soin de cacher. \J( Il veut dire la vérité, surtout si elle est pénible. Tourne-t-il les yeux vers la vie humaine? Elle lui paraît médiocre, presque misérable. Par une contradiction que nous connaissons tous, il s'y attache cependant assez pour ne pas sentir la vieillesse approcher de lui sans angoisse. Son art seul lui fait accepter les années pesantes. A sa tristesse se mêle une pointe d'ironie amère. Pour ne pas déplorer sa propre décrépitude, il la tourne en dérision dans les autres. C'est une façon de se venger d'elle, qui lui interdit de s'apitoyer sur lui-même.

Enfin, — et c'est sur cette idée capitale que je terminerai, — l'incertitude si profonde et si douloureuse où nous nous trouvons à Tégard de la divinité, ne sachant point ce qu'elle est, n'osant imaginer ce qu'elle peut être, Euripide 1' eue avant nous, et il l'a combattue, sinon diminuée, en s'attachant désespérément à l'idée de Justice. Si JDieu^xiste, Dieu est juste. Il est arrivé à cette formule définitive après bien des détours, mais, malgré son inquiétude naturelle, il s'y est tenu. C'est de cette conviction que devaient naître plus lard, puisque la Justice a si peu d'action dans le monde, tous ces rêves de rémunération future, qui ont si longtemps bercé la douleur humaine. Euripide n'a pas eu le courage de les faire. Il nous a seulement conseillé, défiant à l'égard de la vie, de ne pas lui demander trop, et, confiant dans la divinité, d'obéir à la voix intérieure quelle fait entendre en nous. Cette voix, dont on ne peut expliquer l'origine, nous guide vers la Justice. Elle est ce qu'il y a de plus divin en Dieu même. Ainsi, en l'écoutant dans nos actes, et en limitant nos ambitions chaque jour, nous avons la meilleure chance de ne pas trop souffrir. Et devant la mort, sans s'inquiéter de ce qui la suit, Euripide est resté tranquille. C'était un sage. De tous ceux qu'il a appelés de ce nom, — on sait combien il affectionnait ce mot, — personne plus que lui n'a montré qu'il en était digne.

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