Ion, V. 85g sqq
et nous récoutons, sans qu'elle y prenne garde. Phèdre, pour nous apprendre son mal, avait ordonné qu'on portât hors du palais le lit sur lequel elle était étendue : elle voulait, disait-elle, sortir de l'obscurité triste du palais et voir un instant la lumière du jour. L'ordre qu'elle donnait convenait à son humeur capricieuse de malade qui aime toujours mieux ce qu'il n'a pas que ce qu'il a i. On conçoit cependant que des confidences aussi délicates n'étaient pas provoquées sans difficulté. Comment faire avouer à une femme, devant un public immense, ce que sa pudeur cache au plus profond de son cœur? Quel moyen de sauvegarder la vraisemblance en des scènes aussi peu vraisemblables? Car le théâtre grec était en plein air, et il ne pouvait guère représenter qu'une place publique. Ce n'est pas là qu'une femme va crier ce qu'elle ose à peine se murmurer dans la solitude. Euripide avait imaginé un subterfuge, dont on trouve la trace ailleurs. Il supposait qu'on éprouvait du soulagement à raconter ses maux à la terre et au ciel a. Certes le prétexte de ses confidences pouvait être discuté, mais on ne pensait pas à le faire, tant elles étaient émouvantes.
Il importait de remarquer l'artifice. Le poète change la tragédie. Le A^ spectacle qu'il offre n'est plus le même qu'autrefois, quand le lyrisme f faisait évoluer ses chœurs dans le théâtre. C'est l'être humain qu'il étudie, ses secrets, ses faiblesses, ses hontes. Mais la scène où il donne ses drames n'est pas faite pour eux, et si nous voulons écouter parler ses personnages, nous sommes forcés de ne pas le chicaner sur les moyens dont il se sert pour nous les présenter. Peut-on demander une preuve plus certaine de l'originalité de leur langage ?
Une conséquence inévitable de cette conception, c'est l'anachronisme. On peut dire qu'il est perpétuel dans Euripide. Comme dans