‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 42 sur 362 · AlcestCy V. Gi4 sqq · texte numérisé non relu

AlcestCy V. Gi4 sqq

3. C'est ce que dit en effet Phérès k son fils, Aleeste, v. 7,» sqq.

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LE SENS DE LA RÉALITÉ ^ c^

est reproduite, telle qu'eUe se fait entendre dans notr« conscience Notre hypocrisie a beau se rebiffer, Euripide n'y fait pas attention et même il s'ingénie à la froisser.

Il nous prévient qu'il fait exprimer à ses personnages leurs penséésl secrètes. Quand le corps d'Égisthe, roulé sur l'eccyclème, paraît devant le public, Electre, qui ressent pour l'amant de sa mère tout autre chose que de la sympathie, n'est pas apaisée par la mort du malheureux Elle invective longtemps contre la victime. Avant de commencer ses outrages, eUe a soin de nous dire qu'une pensée lui vient à l'esprit qui la fait rougir.. Oreste, qui connaît sa sœur. l'encourage à parler. Elle nous confie alors son abominable désir : elle voudrait insulter le cadavre Quand nous avons entendu son aveu, elle épanche enfin sur lui les flots amers de sa haine.

Entrons un peu dans le détail des choses. Dans VHippofyle, écoutons le dialogue où Phèdre à demi morte avoue à sa nourrice, après tant de résistance, ce qui la fait si cruellement souffrir^. L'esclave supplie conjure, menace; elle veut savoir, elle saura l'énigme douloureuse La reine se raidit, se défend, languissante, enfiévrée : elle ne dira pas son amour, son secret mourra avec eUe. N'est-il pas juste de remarquer que personne ne nous avait encore conviés à des scènes aussi intimes puisque, si les nécessités du théâtre ne s'y opposaient, ce serait au fond même du gynécée, où ne pénétrait aucun homme, que nous entendrions ces deux femmes causer presque à voix basse.

De même, c'est un bien lourd secret que Creuse nous confie, quand lasse de souffrir et affolée par la conduite de son mari, dont eUe se croît trahie. eUe dépouiUe toute pudeur, et nous raconte eu frissonnant 1 outrage qu'ApoUon lui a fait subir autrefois dans l'ombreS Cetl« confidence, elle ne la fait que parce que le désespoir la met hors d'elle et qu eUe se voit abandonnée de tous. Le désir furieux de la vengeance la force à crier le nom du suborneur qu'elle exècre. EUe éprouve du soulagement à le charger de malédictions. Il fallait bien toutes ces raisons pour la résoudre à parler, car pour une femme il est presque aussi douloureux de confesser un semblable opprobre que de le subir EUe rappeUe près du dieu qui l'a violentée ce passé qui la torture.

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