En 438, Euripide avait dépassé la quaranUine
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Voir le» édiUon, de Barthold et de Weiî '"ucydido, II, O, 6), parait certaine.
L4 MÉLANCOLIE ET L*AlfOUR DE LA NATURE 5n
à l'écrivain, il faut le retenir: « Les chants que le poète enfante, il doit les enfanter dans la joie. S'il est lui-même attristé, comment pourrait-il charmer les autres? On ne peut le lui demander i. » Il n'essaie donc plus de chasser ses idées moroses, et il ne comprend même pas qu'on puisse être surpris qu'il refuse d'être gai.
En 4i5, il faisait jouer la pièce des Troyennes, qui n'est qu'un long tableau des malheurs de la guerre. Les Grecs prennent sous nos yeux la ville de Troie, qui s'effondre dans les flammes et dans la fumée. Si la race hellénique a remporté ce jour-là sa première victoire sur l'ennemi hérédiUire, Euripide n'en conçoit aucun orgueil. Il n'a pas Tâme belliqueuse. Il ne voit sur les champs de bataille que les blessés, le sang répandu, les morts. Les lamentations des vaincus, il les répète dans sa pièce, non pas pour exalter la bravoure de ses concitoyens, comme le faisait si noblement Eschyle à la fin des Perses, mais pour exciter leur pitié. Car si l'on y réfléchit et si l'on consent à se dépouiller de tous les préjugés qui ont cours, on est forcé d'admettre qu'à la guerre les vainqueurs sont aussi misérables que leurs victimes. « Insensé parmi les liommes celui qui ravage les cités, les temples, les tombeaux qui sont les sanctuaires des morts. Il les change en solitudes, mais il ne tarde pas à périr lui-même:». » Qui prononce cette parole désenchantée? C'est un dieu, c'est Poséidon. Sa déclaration termine le prologue du drame. Elle en est la pensée principale, celle qu'Euripide, en le composant, prétendait faire accepter aux Athéniens. Ceux-ci d'ailleurs ne l'écoutaient point. Ils jugeaient sans doute que la victoire apporte un avantage appréciable, puisqu'ils luttaient depuis tant d'années contre Sparte pour la conquérir.
Et les ruines s'accumulaient, et la mélancolie naturelle du poète grandissait avec elles. Il voyait le désordre s'étendre partout, dans les consciences, dans les mœurs. La guerre est un maître brutal 3, qui détruit le bien-être journalier, et qui règle les colères de la multitude sur les circonstances. Dans ces temps de trouble, les cités sont en proie à des dissensions furieuses, les partis renchérissent les uns sur les autres, aucun ne veut rester en arrière, tous imaginent de nouveaux excès, et raffinent sur l'atrocité des vengeances. L'acception ordinaire