I. Suppliantes, \. 180 sqq
a. Troyennes, v. 96 sqq.
qufiquesT™iJ: "'• *'• "'' *=*"* "''"'"'''* description, dont je ne reproduis que
des mots est arbitrairement changée.. L'audaœ devient du courage, la lenteur, de la couardise, la modération, de la timidité. Chacun se rue au pouvoir pour satisfaire par d'iniques vengeances, par la foœe. ses minuties partkulières. La bonne foi est morte. Les .serments sont foules aux p.eds Personne n'a le d,.it de rester neutre. Si, par amour de la tranqu.mte, on refuse de prendre part à la lutte, on est écrasé dans le heurt des parties qui s'entre-choquent.
spectacle que Im donnent les erreurs de ceux qui l'entourent. Tourne
^ûriT^lT" '' '''--'' "" «i-tissementà sa peine dans vue attendne de la nature. Les troubles, les secousses lui font aimer
on calme Elle lui était indifférente quand il ne souffrait pas- Ta heureux, elle lui devient chère. Il en a toujours été ainsi. PeLnrne peut rappeler cette vérité sans entendre, pour ainsi dire, chanter da^ sa mémoire des strophes de Lamartine ou de Hugo. Ajoutons-y une preuve directe, prise au hasard dans l'œuvre d'Euripide
Pourquoi les crimes d'Œdipe, dont Jocaste au début des Phénicnnes nous fait un tableau rapide, sont-ils si noblement encadl dans d.s vers où elle s'adresse au soleil, aux profondeurs écla^n
cause-t^.l un pla.s.r s. profond de soulagement? C'est qu'après le récit de toutes les souiUures du malheureux, on a besJn de egarde a. leu« et de lever un instant les yeux avec l'acteur vers la lum L antithèse est si nécessaire, que le poète, sans peut-êt« en a 2 conscience, la prolonge et l'avive, en faisant apparaître, aussitôt après
. le prologue, la pure et blanche Antigone ^
Douloureusement affecté par les malheurs de son temps Eurinide
comprit mieux la nature qu'un autrea. Cela n'est pas'i S:
m.ins'^vrrf^îf:'™^^^^^ '«r-' -'en venir .ux
Changent de sens. mélancolie comme dans les querelle» les moU
a. Phéniciennes, v. i sqq., v. 84 sq.
3. Cf. Huit, Là philosophie de la nature ehe- l^t Tr*^. « que ce qui est dit d'Euripide sur ce D^htî ^Jv :^' "° ^'^'^' ^^ ^^^^ remarquer incomplet. On trouvera aLi Zs a Ts LS? dï T "if' 7 ^'"^ ^»-" «* ^^^'^^^i,'^ ophe Greek Tragedians tou^ard N^re T^^^^ Fairclough, The
assez .ntéressantes. où manquent trop iesiaLg^^^^^^ ^'' "*^* ^« ^»'«*'on.
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LA MÉLANCOLIE ET l'amOUR DE LA NATURE 6l
originalité. Sans doute, il ne faut rien exagérer. Le sentiment qu'il en a manque de cette plénitude que lui ont donnée quelques modernes. Ceux-ci la prennent comme confidente; ils lui racontent leur souffrance; ils lui parlent comme à une femme; c'est la maîtresse souveraine de leur cœur, à laquelle ils demandent le calme que les passions leur refusent. Ils se perdent dans son sein infini; ils mendient ses caresses; ils attendent de sa mansuétude qu'elle sèche les larmes dont leurs yeux sont obscurcis.
Dans l'Antiquité, eUe était plus indifférente, ou plutôt, car elle est toujours la même et c'est notre rêve seul qui la transforme, l'homme ne la regardait pas avec les mêmes yeux. Sans être insensible à son charme, il le goûtait moins. Ils sont bien rares les vers des poètes où nous apercevons, vibrant dans la lumière, le pays ensoleillé vers lequel, de nos lourdes brumes, nous avons tant de joie aujourd'hui à lever nos regards». Dans Sophocle, quelques strophes célèbres » contiennenf une description de la campagne athénienne. Comme dans de très vieux tableaux, la vision des choses y est peuplée d'êtres imaginaires j qui la déforment. L'artiste nous montre des paysages où galopent des ^ chevaux sur un sol crayeux, des vallées vertes où chantent les rossignols, des lierres sombres, des bois touffus, et la pâleur des oliviers sous un ciel plein de sourires. Plus loin, dans l'herbe humide,, fleurissent les grappes du narcisse et le safran doré. Les eaux fécon- ' dantes du Céphise serpentent intarissables dans le large sein de la plaine. Mais, dans la première esquisse, Dionysos, le dieu des orgies sacrées, folâtre avec ses nourrices divines, et dans la seconde, Aphrodite, la déesse aux rênes d'or, sourit environnée du chœur des Muses. Ainsi, dans la description du pays même où il était né, Sophocle ne \ pouvait s'en tenir à la réalité. Les objets familiers qu'il avait tous les jours sous les yeux, il fallait qu'il les ennoblît par des apparitions divines. Les eaux et le ciel, les fleurs et les arbres lui eussent paru moins beaux s'il n'y avait imaginé des dieux. Et même c'est plutôt
W«.^"«'**"^'^'**'**?*"^"P P'"' ^ l'homme. Xénophon, en vrai disciple de bocrate ne sait pas voir les choses extérieures. Quand il traverse les ruines de Ninive.
rît^nr "" 'T^ ^' *^"^ ""^"^ ^"^ P*'^^^«» " ™««»^« »» hKuiexxT, l'épaisseur, la au^vli!t!iîr "\ """*"'''• ^"^ '"^^"' "^-"^ ^* *«« ^^*^d« »^^ ^t^ntion. Mais m cVr^ à .'^"^- Jf/^T' ^" sont polies, et que des coquillages y sont incrustés, nhnn .v^u vision d'enfant, qui s'arrête au détail inutile. (Anab., III, iv, lo.) Xénophon avait alors près de vingt-cinq ans. ' » » /AOUU a. Œdipe à Colone, v. 668 sqq.
la divinité qu'il place au centre de son tableau : elle en est le personnage principal. La nature devient un accessoire. C'est elle qui forme le fond sur lequel se détache dans la lumière l'être surnaturel.
Que nous avons modifié notre vision des choses! Les dieux, nous ne saunons aujourd'hui où les placer. Nous les avons renfermés dans notre cœur, leur dernier refuge. La nature, seule, nous paraît si belle que nos peintres n'ont pas besoin pour nous plaire d'y mettre des hommes. Un arbre, une herbe suffit à nous enchanter. Peut-être ce changement provient-il de notre moins grande ignorance de l'univers La vue de la mer nous ravit, même si elle est déserte. Nous ne la co„na.ssons pas encore, mais nous en soupçonnons les secrets. Les Grecs la d.sa.ent mfeconde.. Nous savons aujourd'hui qu'elle est une source prod.g.euse de vie, où la matière se transforme et s'élabore. Et en réfléchissant a son immensité, en nous disant que ce que nous en voyons „ est qu'un atome en comparaison de ce qui nous échappe nous sentons notre pensée presque défaillir.
Ainsi, les plus grands artistes du v siècle n'ont que très rarement parlé des objets familiers qui auraient dû attirer i '^"^«'"«n'
l'ont fait \u „•„ , , auraient du attirer leurs yeux, et, s'ils
ont fait, ,1s n ont pas eu le souci de la vérité simple. Ils ne connaissa.ent pas encore le plaisir émouvant que nous procure une descrZa exacte celle d'un Flaubert ou d'un Fromentin, qui, avec des mots nous donnent la sensation du relief, de la couleur, de la lumTèl Cependant, quand Ajax ou Philoctète étaient sur le point de succombe^ Sophocle savait leur faire pousser des cris retentissants, où Us p^ naient à témoin la nature de leur infortune. Mais ils avaient sl'de"
mer est morne, inféconde, «xpOreWi "l, ! """«""- »n.mée. Au contraire, la ^gne immense de son horiion d/irt' U^IT^' "*'*" '"* " ''o" «^ntemple la De là, cette impression de solUudeTccab'.n^âul f^. ".""' ''l^'*' '"" «"«"n objet 1. mer et qu'il pense à son w^ Ody^J^^%T^^
«nettement ï'h.bilude grecque de «mlûeytout à, V. "t""' «P"hète, où s4u,e pour des.«ner le vide inUni de l'air : /.Jrx^t > .V^^t S "a^^L:?^^
LA MÊtANCOUE ET l'aMOUR DE LA NATURE 63
^sUiL?' "^,".'°7"«'''"' -- «»« q- parce que les hoTîimes «estaient sourds a leur plainte.. Prométhée, dans son invocation surhumame, ne faisait pas autre chose. La nature éUit alors une consolatrice à laquelle on n'avait recours que parce qu'on était seul, malheureux, oublié.
Avec Euripide, cela commence à changer. Il est. je crois. le premier qu, ait regarde avec attention les manifestations de la vie extérieure et qui les ait décrites pour les décrire, parce qu'il y goûtait du plaisir.' Il cherche a les comprendre et. ce qui est mieux, à les sentir. Il compare mentalement cette vie avec celle de l'homme, et il t«,uve dans cette comparaison un contraste apaisant. II s'attarde à des rapprochements que d'autres jugeraient déplacés : ce sont au contraire les plus pi ttoresques et les plu s neufs de son oeuvre.
Qui ne se souvient de cette strophe de VHélkne, où les jeunes Grecques du chœur, captives en Egypte, voudraient, comme les oiseaux migrateurs qui passent à grands coups d'aile au-dessus de leur tête, s envoler du côté du nord, vers la patrie lointaine •
«Au travers des airs que ne pouvons -nous prendre l'essor comme ce8 bandes d oiseaux de la Libye, quand, fuyant la saison pluvieuse. .Is sen vont dociles au chant du plus âgé. qui les guide vers le^ plaines chaudes et fécondes, par son vol et par sa voix. O troupe ailée oiseaux qui passez le cou tendu, rivaux légers des nuages, allez au ever des Pléiades et d'Orion qui brille dans la nuit, allez porter vers 1 Eurotas la nouvelle que Ménélas a pris la vUIe de Dardanos et qu'il revient chez lui». » ^
Il y a là autre chose que de la fantaisie poétique. L'observation ny est pas étrangère. Euripide avait souvent vu, au printemps et à I automne, dans le ciel de son pays, les bandes de grues et de cgognes, qui passent encore en longs triangles aux mêmes endroits que de son temps et avec les mêmes cris. Il avait peut-être remarqué autre chose. Le chœur est semblable à une troupe d'oiseaux prisonniers. Ceux-ci, quand volent au-dessus d'eux dans les airs leurs frères libres, font des efforts désespérés pour les rejoindre. Tous les chasseurs le
'• "•*''"'• "■ '47» sqq. .Traduction de M. C^iset,
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savent. C'est ce qui donne au vœu des jeunes captives, suivant douloureusement des yeux ce vol d'oiseaux qui s'en vont en Grèce, une justesse si inattendue et si émouvante.
Ici, la sensation se continue et se prolonge avec les vers souples de la strophe. Le plus souvent, Euripide se contente d'évoquer un aspect de la nature par un trait précis. Gomme son esprit est naturellement agité, c'est au repos des champs qu'il pense, à leur quiétude.
« Le sol est duveté d'une herbe fleurie » , » remarque Polyphème qui regarde les prés de son île, et il se dit qu'il sera doux de s'y coucher pour boire à l'aise, tandis que le soleil lui chauffera les membres.
De même, si Phèdre souhaite d'apaiser à l'eau fraîche des sources l'ardeur qui la brûle, elle ajoute : « Que ne puis-je me reposer à l'ombre des peupliers sur le gazon des prairies a ! » et cette évocation passionnée, au milieu du trouble de sa fièvre, de ce paysage dont elle voit en imagination les lignes sereines se profiler dans le ciel calme, a déjà quelque chose de l'art des modernes.
Voici maintenant la description d'un matin, au pays grec, où les montagnes avancent leur pied jusque dans la mer. Le jour se lève. Le rossignol soupire encore sa faible plainte dans les feuilles. Les bergers poussent devant eux, au son des flûtes, leurs troupeaux dans la vallée. Les attelages de chevaux roux s'acheminent vers les labours. Les chasseurs commencent à quêter le gibier avec leurs chiens. Au loin, sur la mer, on entend crier des cygnes, et, comme la vue du poète s'élargit de plus en plus, il nous montre pour finir les barques qui doucement s'éloignent du rivage, à la rame, à la voile, sous une faible brise3. Le tableau n'est-il pas parfait? Si les cygnes nous semblent déplacés, substituons-y un vol de mouettes blanches, quel artiste refuserait de le signer?
Ce matin, où se développe l'activité de l'homme à mesure que grandit la lumière, évoque k l'esprit un autre matin, plus gracieux encore, du théâtre d'Euripide. Nous sommes à Delphes. Déjà les rayons du soleil qui commencent à dorer les sommets du Parnasse ont fait fuir les étoiles au sein de la nuit sacrée. L'encens monte vers les lambris du temple d'Apollon en flexibles colonnes.