‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 68 sur 362 · Ibid., V. 469 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., V. 469 sqq

d'où l'on partait et à savoir d'avance jusqu'où l'on avait la prétention de parvenir.

Euripide a donc la manie de faire disserter ses personnages. On se rend bien compte de la façon dont il travaillait. Il exprime une idée générale qui en amène une autre. Celle-ci en provoque une troisième, une quatrième. Le sujet véritable s'éloigne. On ne le voit plus. Brusquement le poète ouvre les yeux : il s'aperçoit qu'il s'est égaré. Il le dit tout haut, comme s'il se parlait à lui-même. Un autre bifferait la digression. Lui, il la conserve, et comme il est franc, même sans qu'on l'en prie, il nous déclare qu'elle ne vaut rien.

Quand Talthybios a dit à Hécube avec quel courage est morte Polyxène, sa fiUe i, Hécube ne devrait que gémir et pleurer. Elle pense à autre chose. Elle reconnaît que les maux qui l'accablent sont si nombreux qu'elle ne sait sur lequel elle doit d'abord se lamenter^. (Quand les héros d'Euripide ne savent par quoi ils vont commencer ce qu'il veulent dire, on peut être sûr qu'il y aura un peu de flottement dans leurs idées3.) Une autre pensée lui vient. Sa fille a péri avec courage. Cela modère son désespoir. Mais ce courage, de qui Polyxène le tenait-elle? Grave question, souvent discutée alors 4. Hécube ne peut pas nous en faire grâce : pour elle, sa fille a été courageuse parce qu'elle sortait d'une noble race. Mais l'éducation n'a-t-elle aucune influence? Un mauvais champ, dans une année favorable, ne peut-il pas donner une bonne récolte? Et une bonne terre, dans une année médiocre... Que nous voilà loin de Polyxène et de son admirable mort! Si Hécube s'exprimait à mi-voix, elle devait paraître radoter comme une vieille. Après dix-sept vers de divagation, Euripide songe qu'il serait peut-être temps de revenir à son sujet : « Voilà assez de traits lancés par mon esprit dans le vide, » dit simplement Hécube 5, et elle consent, enfin, à nous parler de son enfant.

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