‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 67 sur 362 · Héraclès, y · texte numérisé non relu

Héraclès, y

2. Ibid., V. loi sqq. — On a voulu voir en ces vers un souvenir d'Heraclite. Infra chap. IV, s IV. •' '

l'abus des MAXIMES -79

longue : si la mort approche, aucun d'eux ne veut plus mourir et la décrépitude ne leur est plus à charge i.» S'il semble oublier le personnage qu'il a devant lui, en réalité, passant du particulier au général, il nous démontre que l'égoïsme de Phérès est commun à tous les gens de son âge, puisque

Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

Comme La Fontaine ne termine pas toujours ses fables par la morale, Euripide place quelquefois ses maximes au commencement de ses discours. On dirait que le personnage, avant de parler, se murmure à mi-voix le thème qu'il va développer. Quand sur ce thème il a trouvé ce qu'il doit dire, il consent à nous entretenir de lui-même.

Ainsi procèdent Jocaste et ses fils dans les Phéniciennes, Polynice assiège Thèbes. Étéocle défend la ville. Jocaste, avant la bataille, essaie de les réconcilier. Voici les deux frères en présence. Étéocle parle le premier : l'indignation l'emporte. Aussitôt sa mère : « Arrête, s'écrie-t-elle : la précipitation est contraire à la justice; les calmes discours mènent le plus souvent à de sages résultats 2. » Ainsi le jeune homme, s'il veut se réconcilier avec son frère, est invité, d'après des principes indiscutables, à s'exprimer sans véhémence.

Son adversaire prend ensuite la parole. Ce sont des maximes qui forment son exorde, si bien qu'elles donnent à son discours une ressemblance imprévue avec celui des prédicateurs modernes, qui citent d'abord le texte sacré qu'ils prétendent commenter : « Simple est l'expression de la vérité. La justice n'a pas besoin d'explications subtiles : elle se suflRt à elle-même. » Et comme dans un cerveau grec les idées vont toujours deux par deux, la négative s'opposant à l'affirmative, il ajoute encore : « Le discours injuste, au contraire, faible par lui-même, réclame toutes les ressources de l'art 3. w Après ces préliminaires, il se décide à défendre sa cause. On voit qu'il ne se presse guère. Pourtant le public, qui n'était pas très patient, ne se révoltait point. Ce langage était à la mode, et il ne devait pas déplaire à Socrate, qui aimait tant dans les discussions à préciser l'endroit

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