Oreste y v. 566 sqq
elles est, je l'avoue, un peu déconcertante. Après avoir inventé une .mage douloureuse, dont il sait mieux qu'un autre tirer un grand effet. Euripide la rejette et la détruit, comme un fruit qu'on écrase après en avoir exprimé le suc. Peut-être même a-t-il pris plaisir à ce jeu-la. Il y a une sorte de perversité très fine à se moquer des gens que 1 on a émus. On leur fait payer la peine que l'on a prise à les toucher. Mais, franchement, Oreste peut-il parler avec cette désinvolture de sa mère, de ses gestes suppliants, de sa poitrine qu'il n'a percée, dit-il, qu en se voilant la tête ■ ? Ne vient-il pas de nous avouer que le souvenir de son meurtre et la conscience de sa faute lui ont troublé lesprit»? N avons-nous pas vu tout à l'heure ses gestes de fou, ses yeux égarés, ses hallucmations, sa fièvre 3? Le voilà bien vile devenu maître de luimême jusqu'à faire de l'esprit sur ce qui l'affolait! Mais un pareil sang-froid, s'il indique une grande souplesse chez le poète, est bien mvrmsemblable dans l'âme du douloureux Oreste. Le sarcasme est impertinent, mais qu'il est déplacé dans le langage de celui qui s'en amuse! *
En opposant les idées, on fut conduit à opposer les discours : c'était e même exercice amplifié. Il semble que la parole, en ce temps singuher, sou maîtresse des faits, et que ceux-ci n'existent qu'auUnt qu'on les exprime. II y eut dans les esprits d'étranges confusions. Un discours vrai qui n'était que vrai, plaisait moins qu'un discours faux, s'il était habile. Les causes les plus compromises étaient recherchées, comme s. elles eussent été les plus défendables. On ne se contentait pas de convaincre, il fallait suiprendre. Chez nous, la peur du lieu commun nous fait abréger les explications, mais elle ne fausse pas notre jugement, qui reste droit. Chez les Grecs, qui ne lisaient guèn^, mais qui passaient leur vie à causer, la banalité des redites était un défaut capital, parce qu'elle était ennuyeuse, et pour l'éviter ils se jetaient avec la candeur des enfants dans le paradoxe.
Euripide a été entraîné par le courant général. Il est très éloigné d avoir pour la sophistique de son temps une répulsion aussi forte que