Infra, chap. V, s iv
LE PATHÉTIQUE. SES DIFFÉRENTES SORTES qi
sotte d'accepter. En cette circonstance, le plus beau discours qu'elle pouvait tenir était moins efTicace sur le cœur de Ménélas et sur notre esprit que le geste le plus indifférent de son corps divin.
A côté du sophiste, il y avait dans Euripide un rêveur tendre et nous n'avons pas lieu de le regretter. Un penchant très fort à critiquer avec ou sans raison les idées reçues, une sensibilité très douce, qui le fait incliner vers les êtres faibles, voilà le défaut et le mérite rarement réunis en un môme homme, qui rendent son œuvre à la fois discutable et attirante. 11 tenait, sans doute, le premier de son temps, mais sa sensibilité lui venait de la nature. Étudions ce qu'elle lui a fait produire.
Il est le tragique par excellence, Tpa^ixaiTaToç. En virtuose fier et sûr de lui, il parcourt toute la gamme du pathétique, et s'il se contente souvent des thèmes ordinaires, qui sont les plus accessibles, il recherche quelquefois les plus rares i. Iphigénie se sacrifie avec l'enthousiasme des héros jeunes de Corneille, mais à côté d'elle, pour ne pas mourir, les petits enfants tendent vers leurs bourreaux des mains frêles 2; Agave, rouge du sang de son fils, a l'inconscience des déments et l'extase des hallucinés 3; Evadné a la sublime folie de se jeter dans les flammes, pour rejoindre dans la mort l'être cher dont elle ne veut pas être séparée 4 ; Alceste, avant d'expirer, regrette amoureusement sa vie et ses joies déjeune femme. Ce sont là quelques-uns des êtres dont Euripide s'est servi pour nous toucher, et chacun d'eux le fait différemment.
Essayons d'établir quelques distinctions. Sans doute, il y a beaucoup de pédantisme à diviser le pathétique en catégories. Cela doit couler de source, comme un flot clair. Mais, avec Euripide, il est toujours prudent sous la nature de chercher l'artifice, et son émotion, spontanée en son principe, est celle d'un homme amoureux des développements bien conduits et des divisions nettes. Même dans le pathétique, il ne
I. Ouvré, Les formes littéraires de la pensée grecque, p. a5i
a. M0I08SOS dans VAndromaque, les fils et les filles d'Héraclès dans les Héraclides.