Talthybios dans les Troyennes, V Ulysse dans VHécube
Il écrit ainsi l'admirable plainte d'Andromaque -, à laquelle les Grecs ravissent le petit Astyanax. A-t-il jamais été plus touchant? Cela est douteux. Que lui fait-il dire ?
D-abord, et l'invraisemblance est nécessaire, Andromaque ne défend pas la vie de son enfant, le remet presque aux mains des bourreaux, les laisse faire. Talthybios, qui vient chercher la tendre victime pour la jeter du haut des murailles de Troie et lui briser la téte^ commence par rappeler à la mère infortunée que toute résistance est inutile, qu'Hector n'est plus. Il n'emploie ces précautions que pour nous délivrer de toute lutte entre lui et la pauvre femme, et pour rendre jouable une scène qui ne l'était point. Si Andromaque. dit- il. consent à le laisser faire, son fils aura une sépulture. Si elle ne cède qu a la v.olence, il en sera privés. Voilà Andromaque invitée à n'exhaler de son cœur que des gémissements harmonieux, et à réprimer les autres. Et toutes ces adresses sont suffisantes à la scène, où les actes des personnages sont motivés par des raisons que la raison ne connaît guère.
Astyanax a deux ou trois ans. Tous les Grecs qui savaient lire, le connaissaient. C'était l'enfant peureux qui ne se laissait prendre par son père que lorsque celui-ci avait déposé le casque ondoyant qui I épouvantait, l'être d'amour et de faiblesse que sa mère ne pouvait contempler sur son sein parfumé qu'avec un sourire mêlé de larmes 4 Le passage est trop célèbre pour qu'on espère ajouter rien à ce qu'en ont dit tous ceux qui l'ont commenté.
La vie de cet enfant devait être brève et lamentable, un peu parce qu'Hector lui en avait souhaité une qui aurait été longue et glorieuse. Andromaque, qui l'aimait tant, appréhendait pour lui un douloureux avenir. Les tragiques n'ont pas oublié ces indications. Du jour où Hector succomba, son fils fut perdu avec lui. Les vœux qu'on avait pu former en sa faveur furent inutiles, mais toutes les craintes qu'il avait fait concevoir se réalisèrent. Il est dangereux pour certains êtres d être trop choyés : cela rend les poètes ingénieux à les martyriser.
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