Ibid., V. 3o5 sqq
k. ibid., V. lotii sqq.
LE PATHÉTIQUE. SES DIFFÉRENTES SORTES io5
passionné, ces larmes qu'elle était sûre de sécher bientôt : elles lui prouvaient qu'elle n'avait pas eu tout à fait tort de se sacrifier pour celui qui les répandait. Et vraiment elle les méritait bien.
Cependant Héraclès insiste. Il presse le mari; il lui fait presque violence pour qu'il accueiUe sa femme dans sa maison. Celui-ci n'y consent qu'avec peine. Cela ne suffît pas à Héraclès. Il faut qu'Admète maintenant accepte lui-même la jeune inconnue, qu'il lui prenne la main. Admète n'avance la sienne qu'avec une sorte de frayeur. Il détourne les yeux; il ne veut pas plus regarder sa femme que si elle avait une tête de Gorgone l 11 y a de l'effroi, du remords dans son geste, presque du comique : on n'a pas tous les jours l'idée de réunir de cette façon imprévue deux êtres qui s'aiment tant, mais chez Euripide c'était presque une habitude a.
Quand les deux mains, celle de l'époux et celle de l'épouse, sont enfin jointes, comme pour de nouvelles fiançailles, et qu'Admète se reprochant déjà cette infidélité envers la morte, n'ose lever ses regards vers cette jeune femme qui le trouble tant et qui se laisse faire, alors Héraclès, d'un mouvement gracieux, écarte le voile qui couvre la tête de l'inconnue, et Alceste, encore toute pâle, apparaît aux yeux d'Admète, qui reste un instant muet de surprise, d'émotion, croyant rêver...
« Mais, remarqueront les modernes, Alceste ne dit rien en ce moment émouvant. » Une raison technique s'opposait peut-être à ce qu'il en fût autrements. Et d'aUleurs il était bien délicat de lui faire prononcer quelques paroles. Quelle chose aurait-elle pu dire qui fût capable de nous satisfaire? Euripide suppose que son contact avec les morts lui a laissé une immobilité et un mutisme graves 4. Ainsi la jeune femme,