Oreste, v
3. Les Furies dans ce drame ne sont plus que des visions d’esprit malade; cf. V. 255 sqq., v. 3ii sqq. et surtout v. 895 sqq. où est défini le mot o-jvscrtç, que le public de 408 risquait de ne pas comprendre.
EXAMEN OE hORESTE jl\\
De même que dans VÉlectre^ il veut prouver qu’ Apollon, pour avoir ordonné à un fils de tuer celle qui Fa mis au monde, est un criminel. Comme corollaire de ce principe, il soutiendra qu’Oreste ne peut avoir commis de faute, puisqu’il a obéi à un dieu. Et il n’oubliera pas, pour nous faire détester ce dieu, de nous apitoyer sur le parricide. Si Oreste est si malheureux, si la démence a troublé son cerveau, si nous le voyons pâle, hagard, les yeux fous, les cheveux en désordre, couché sur le petit lit aux pieds duquel sa sœur est tristement assises c’est parce qu’il a commis un crime exécrable qu’une divinité lui imposait. Telle est la donnée fondamentale du drame. Mais, en la développant, Euripide rencontre sur son chemin une foule d’idées secondaires, voisines, opposées, qui l’attirent. Sa fantaisie sollicitée, caressée par tous les souffles qui passent, se laisse entraîner par eux. Son inconstance se prête à toutes les tentations. Il dévie de la ligne droite, il s’en éloigne, il s’en écarte jusqu’à marcher en une direction contraire. Il ne paraît pas toujours se rendre compte de ces contradictions. Relevons- en quelques-unes.
Il n’est pas douteux pour Euripide qu’Oreste ait eu tort de tuer sa mère. Bien qu’il ait agi sur l’ordre de Loxias, son acte est déplorables, exécrable 3, honteux^, impie 5, et Agamemnon lui-même aurait conjuré son fils de ne pas le commettre 6.
Cependant, quand le peuple d’Argos se réunit sur l’agora pour juger le parricide, le poète prodigue ses louanges à l’honnête Laboureur qui conseille de couronner le meurtrier^. Au contraire, il est très sévère pour le démagogue qui propose de le punir 8. Qu’est-ce à dire? ^ Si l’acte d’Oreste mérite une récompense, pourquoi l’avoir blâmé avec les épithètes les plus variées? S’il doit être châtié, pourquoi montrer sous un jour si défavorable celui qui le condamne?
Il y a là quelque incohérence. Sans doute, Apollon est le vrai coupable, le seul. Mais si la responsabilité du crime doit lui être
1. Aristophane de Byzance donne lui-même da.ns V Argument ces précieux détails de mise en scène.