iomperz, ouvrage cité, vol. 11, p. i/| sq
ti. Sur ce point assez délicat, cf. H. Weil, Études sur le drame antique, p. loG sqq., cl VV. Nesllc, Die Bacchen des Euripides, Philologus, 1899, p. 862 sqq.
Nous savons qu’elle a été jouée trois ans après VOrestey qui est traversé d’un bout à l’autre d’un souffle rationaliste. Gomment les Bacchantes seraient-elles conçues dans un esprit différent? Ghange-t-on facilement d’idée, quand on a plus de soixante-dix ans? G’était l’âge d’Euripide, quand il écrivait son drame. Si l’on voit quelquefois des modernes, à l’approche de la mort qu’ils redoutent, adopter des croyances qu’ils n’ont jamais eues pendant leur vie, n’oublions point que les conversions in extremis n’ont jamais été connues dans l’Antiquité.
Donc, on est tenté d’affirmer d’avance qu’Euripide est resté jusqu’au bout fidèle à lui-même. Gependant Penthée, dira-t-on, est sévèrement puni de son impiété. Gette punition ne pouvait pas être épargnée à l’ennemi de Dionysos. Mais qu’on fasse bien attention à un vers du drame. Lorsque Agavé, mère du roi, est enfin revenue de son furieux délire, elle s’écrie, en voyant avec horreur ses mains rougies du sang de son enfant, que son châtiment a été trop cruel. Le dieu a beau répondre qu’il l’a punie de ses outrages. Gette femme lui ferme la bouche par cette déclaration déjà rencontrée ailleurs * : « Les dieux ne doivent pas avoir les mêmes colères que les hommes 2. » Et ce cri nous soulage, parce qu’il la venge dù meurtre exécrable que Dionysos lui a fait commettre à son insu.
D’ailleurs, Euripide n’a-t-il pas fait de ce dieu un personnage plus vindicatif qu’il n’était nécessaire? Si les sœurs de Sémélé, qui auraient dû moins que personne douter de la divinité de son fils, ont été remplies par lui d’un délire irrésistible^, cette punition peut être admise à la rigueur, quoiqu’elle ressemble singulièrement à une vengeance personnelle. Mais pourquoi le poète ajoute-t-il que, livrées par Dionysos aux mêmes transports, toutes les jeunes femmes de Thèbes ont quitté leurs maisons pour se joindre aux filles de Gadmos, et vivre sans abri, sur les rochers, à l’ombre des sapins verts ^? Quelle était la faute de ces malheureuses? On ne la trouve pas.
Aussi comprend-on la fureur de Penthée contre le dieu nouveau^. G’est lui qui a causé la fuite des Thébaines. Grâce à lui, le roi règne