‹ Euripide et ses idéesChapitre 129 sur 388 · EXAMEN DES BACCHANTES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES BACCHANTES

sur une ville que la moitié de sa population a soudain désertée : il a donc une raison sérieuse de le haïr. Il veut s’emparer de lui. Il se fait le défenseur de la foi conjugale en péril i : c’était son droit et même son devoir. Gar^ enfin, que font ces troupes de femmes dans la solitude 2? Elles ont abandonné leurs maris, leurs enfants, leurs nourrissons 3, Quel mal étrange les travaille? Pourquoi suivent-elles si passionnément le bel inconnu? Car le dieu n’était pas sans beauté. 11 avait même tout ce qu’il fallait pour les séduire^. Avouons que les appréhensions de Penthée étaient justifiées. Pour un Grec, comme lui, elles Pétaient même plus peut-être que pour un autre. En face de cette divinité asiatique, dont l’allure était si efféminée et si inquiétante, Penthée ne reconnaissait plus la chasteté d’Artémis, ni l’impérieuse beauté d’Athèna, ni la virilité sereine de Zeus. Et ce n’était pas le teint du personnage 5, ni ses tresses blondes 6, ni ses yeux où se reflétaient toutes les grâces d’Aphrodite?, qui pouvaient lui donner confiance.

Donc, en ce duel inégal entre le dieu et l’homme, nous sommes pour Penthée. 11 semble qu’Euripide ait voulu qu’il en fût ainsi. Nous jugeons la conduite du roi légitime. Nous savons qu’il lutte contre plus fort que lui. Nous prévoyons qu’il sera écrasé. Gomme les dieux, quand ils ont tort, agissent toujours ainsi à l’égard de l’homme, pour lui prouver qu’ils ont raison, la crânerie avec laquelle Penthée s’expose aux coups de son adversaire, double pour lui l’ardeur de nos préférences. Gar l’homme a raison contre le dieu, et le dieu n’y peut rien. Sans doute, ce dernier triomphe de son contempteur, il lui ôte cette intelligence qui fait toute sa forces, puis il

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