‹ Euripide et ses idéesChapitre 133 sur 388 · Satires, 11, 3, v. 199 sq · texte numérisé non relu

Satires, 11, 3, v. 199 sq

7. Iphigénie en Taaride, v. 36o. Cf. H. Weil, Préface de Vlphigénie à Aiilis.

EXAMEiN DE hJPlUGÉNIE A AULIS

la moins odieuse, parce qu’il lui répugnait de nous raconter que l’autel de la déesse, vers laquelle l’inclinait, semble- 1 -il, un mystique amour, avait un jour été rougi du sang d’une jeune fille.

Mais ce sang, qui l’avait réclamé? Faisons attention à ce que dit Euripide, et surtout à ce qu’il ne dit pas. Dans les Cypriaques , on racontait qu’Agamemnon, ayant tué un cerf à la chasse, s’était oublié jusqu’à prétendre qu’ Artémis elle-même n’aurait pas aussi bien frappé la bête. Pour se venger de cette parole offensante, la déesse arrêtait la flotte grecque et, punissant le père dans son enfant, elle ordonnait par la bouche de Galchas le sacrifice d’Iphigénie. Au moment d’être égorgée, celle-ci était transportée chez les Tauriens et une biche prenait sa place à l’autel i .

Or, en mettant sur la scène cet épisode, Euripide fait-il jamais allusion à l’insulte que la chasseresse avait reçue d’Agamemnon? Il supprime ce détail, et cette suppression est importante. Car si la déesse n’est pas irritée contre le père, pourquoi voudrait- elle le sang de son enfant 2 ? Est-il d’ailleurs bien certain qu’ Artémis exige un tel sacrifice ?

Le poète ne l’affirme nulle part. Jamais, en effet, et cela est très remarquable, la déesse n’exprime elle -même sa volonté, c’est toujours Galchas qui parle à sa place. Sans doute il fallait hien qu’un homme servît de porte-parole à la divinité. Mais Euripide ne dit en aucun endroit de sa tragédie que la déesse, par l’entremise du devin, voulait la mort d’Iphigénie. G’est toujours le devin qui se met en avant. G’est toujours lui qui ordonne. Ge n’est jamais Artémis.

Quand la flotte était immobile dans les eaux d’Aulis, n’est -ce pas d’ahord de Galchas qu’Agamemnon anxieux a l’idée de solliciter l’avis 3 ? Si le père songe à renvoyer sa fille, au moment où elle arrive, n’en est -il pas empêché par la crainte que Galchas ne révèle sa réponse aux soldats^, et qu’Ulysse ne leur fasse connaître les oracles de

1. Voir les Cyclicorum poetarum fragmenta, p. 682 de l’Homère de Didot. Comparer Sophocle, Électre, v. 566 sqq.

2. Dans V Iphigénie en Tauride, v. 20 sqq. (Cf. Cicéron, De ofjîc., III, xxv.) Euripide dit qu’Agamemnon avait fait vœu, l’année de la naissance de sa fille, de consacrer à la déesse ce que celte année-là avait produit de plus beau. Après ce vœu innocent, est -ce que le sang d’Iphigénie était dû nécessairement à Artémis? Calchas seul attribua l’excellence de la beauté, to xaXXKTTstov àva^épwv, à la jeune fille et réclama sa mort. La parenthèse est significative : c’est le devin qui exige, non la déesse.

3. Iphigénie à Aulis, v. 89 sqq. Cf. ibid., 358 sq., v. 746 sqq.

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