‹ Euripide et ses idéesChapitre 134 sur 388 · Ibid., V. 5i · texte numérisé non relu

Ibid., V. 5i

P. MXSQUliUAV.

Calchasi ? Dès que Glytemnestre sait enfin quels sont les projets de son mari : « Pourquoi, demande- 1- elle à Achille, veut- il tuer sa fille? Qui le pousse à ce crime ? » L’autre répond : « C’est la volonté d’une divinité, du moins Calchas le dits. » Par la forme même que le poète donne à son affirmation, il nous invite à la méfiance. Sa pensée entière il nous la dévoile un peu plus loin. «Quelles prières pourras-tu faire, dit en effet Glytemnestre à son mari, quand tu immoleras ta fille ? Quels biens demanderas-tu aux dieux en égorgeant ton enfant? Et moi, que leur demanderai -je ? Ne serait-ce pas les croire insensés que de solliciter leur bienveillance pour des assassins 3 ? »

Sans doute, quand elle marche volontairement à la mort, Iphigénie croit à la réalité de l’ordre divin Gela est nécessaire. Si elle avait eu des doutes, la pièce était détruite. Disons toutefois que même à ses derniers instants, par un artifice volontaire de celui qui la fait parler, elle ne s’exprime pas toujours comme si elle croyait exclusivement qn’ Artémis est celle qui la tue. 11 semble qu’elle veuille la ménager, et qu’elle ait de la répugnance à lui attribuer sa mort. Il y a là un art un peu subtil, que des yeux exercés savent apercevoir. « Si Artémis demande mon sang5, » dit -elle, et ailleurs, « si elle le veut ainsi^, conduisez-moi à la déesse.)) Mais cette traduction elle- même est très inexacte. Elle ne contient juste que la moitié de la pensée entière. Les mêmes paroles expriment aussi bien un doute ^ qu’une affirmation. Pour le peuple qui voit mourir l'héroïne et qui la pleure, elle affirme. Pour les gens perspicaces, c’est autre chose.

La conclusion très nette qu’il faut tirer de ces expressions, sans compter les déclarations personnelles de l’auteur, c’est que la mort de la jeune fille n’est pas imputable à la déesse, mais à Calchas. Or, qu’est-ce qu’un devin? Un être ambitieux, inutile, malfaisant mêmes. Euripide, qui n’a jamais ménagé leur engeance^, ajoute pour nous

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