ESSAI DE FIDÉLITÉ AUX CROYANCES RELIGIEUSES
foi n’est pas une duperie. Héraclès prouve qu’elle était justifiée, en ramenant la morte des Enfers. Mais le miracle ne se produisit qu’une fois, et malgré son innocence, malgré l’amour d’Artémis, Ilippolyte ne remonta jamais à la lumière.
Même dans les pièces où il proteste contre les Immortels, Euripide ne s’interdit pas toujours de s’incliner devant eux. Cette contradiction ne l’a pas choqué, soit parce que son hommage est presque machinal et sans conséquence, soit parce qu’il juge bon de prendre quelques précautions avec eux et surtout avec son public, soit enfin parce qu’ils ne méritent pas toujours le blâme. Tous les hommes ont besoin d’eux, disait le fils de Nestor à Télémaque u Ils sont tout-puissants, ajoutait quelquefois Euripide, et il ne faut pas lutter contre eux 2. Thésée affirmait même qu’ils étaient justes, et, parce qu’il était juste luimême, il savait d’avance qu’ils ne l’abandonneraient pointé. Oreste, un pied sur le cadavre d’Égisthe, conseillait à sa sœur de leur rendre grâces ; il sentait qu’il n’avait été que leur instrument dans la punition du misérable^. Donc, pour arriver à la fin qu’on poursuit, il est prudent de s’assurer leur protections. En les honorant, le sage se trouve heureux^. Ils abaissent les puissants, ils élèvent les humbles 7. Ils voient notre misère, ils en ont pitiés. Ils viennent même à notre secours. Mais^ comme ils sont éternels, ils n’ont jamais de hâte 9.
Il suit de là, et pour ceux qui n’admettent pas de vie future la conséquence est impérieuse, que tôt ou tard les gens de bien doivent triompher, et les hommes injustes être châtiés. Gomme, après tout, dans l’incertaine confusion des biens et des maux, ce n’est pas toujours le contraire qui se réalise, Euripide a dit que la vertu heureuse était une vertu récompensée, que l’injustice infortunée était une injustice punie, se contentant de louer les dieux de leur influence sur