‹ Euripide et ses idéesChapitre 149 sur 388 · Iphigénie en Tauride, v. 672 sq · texte numérisé non relu

Iphigénie en Tauride, v. 672 sq

DE l’existence DU MAL DANS LE MONDE 169

se cache derrière les nuages. Pégase, le cheval ailé, remportera sur son dos. 11 est probable que ce qu’il dit ici précédait son audacieuse ascension i .

{( On affirme que dans le ciel il y a des dieux ! Il n’y en a pas, non, il n’y en a pas. Cessez de répéter sottement cette vieillerie. Voyez de vos propres yeux. Ne me croyez pas sur parole. Je prétends, moi, que les tyrans font périr les gens par milliers, qu’ils les dépouillent de leurs biens, qu’au mépris de la foi jurée ils détruisent les cités. Et, malgré cela, ils sont plus heureux que ceux qui adorent chaque jour tranquillement les Immortels. Je sais de petites cités qui les honorent aussi. Et cependant elles sont soumises à des cités impies, qui sont plus grandes qu’elles : le nombre des lances triomphe, parce qu’il est le plus fort. J’en suis certain : si vous priiez les dieux sans rien faire, et si vous attendiez d’eux, les bras croisés, votre nourriture, vous sauriez vite qu’il n’y en a pas. C’est le malheur et le bonheur des hommes qui leur donnent une existence 2. )>

On ne sait comment les Athéniens acceptèrent cette déclaration, mais ils ne purent que difficilement en nier la franchise. Bellérophon leur faisait un aveu très net d’athéisme. Sans doute, Zeus se chargeait de l’en punir. Quand le malheureux, après avoir un instant contemplé l’étendue verdoyante des forêts qui s’étendaient sous lui 3, tombait désarçonné des hauteurs célestes et se relevait dans les plaines de Lycie, une jambe brisée^, il était bien obligé de reconnaître qu’il avait eu tort de ne pas croire à la divinité. Mais le châtiment faisait-il aussitôt oublier l’offense? Et ne risquait -on pas de sortir du théâtre avec le souvenir persistant des négations de l’infortuné ?

Le Bellérophon est antérieur aux Acharniens^^ qui sont de 426. Trois ans plus tôt, s’il est permis de chercher à mettre un peu d’ordre

1. Cette ascension devait avoir frappé beaucoup l’imagination populaire, puisque, cinq ou six ans après, Aristophane la parodia au commencement de la Paix, en 421. Cependant il faut ajouter que nous n’avons aucune peinture de vase qui s’inspire de ce drame. Du moins Vogel n’en cite aucune dans ses Scenen Earipideischer Tragôdien in griechischen Vasengemàlden, Leipzig-, 1886.

2. Bellérophon, fragm. 28G. J’ai essayé de traduire la fin de la tirade d’après la correction de Herwerden, qui n’est pas sûre. Mais le sens général paraît certain.

3. Ibid., fragm. 3o8. La description est anestique. Donc, Bellérophon montait dans les airs eu récitant ce système, comme on le voit par le passage correspondant de la Paix, V. 81 sqq. Voir l’édition de P. Mazon.

4. Scholie d’Homère, Iliade, VI, v. i55, rappelée par Nauck, p. 443, dans sa notice du Bellérophon.

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