Cf. Wilamowitz, Ilerakles, I, p
bientôt de Mélito une femme perdue, une prostituée. Ils lui infligèrent un de ces sobriquets orduriers, dont l’art ancien ne s’effarouchait pas, et que le bas peuple est aujourd’hui seul à employer. Ils firent d’elle une Ghoerilé*. Mais la signification de ce mot s’obscurcit assez vite. D’ailleurs, il ne fut jamais d’un usage courant. Aussi, plus tard, quand on rencontra dans les comédies Mélito et Choerilé, on crut que c’était le nom de deux femmes différentes. Et c’est ainsi qu’Euripide fut marié deux fois. Il ne l’avait pourtant été qu’une seule.
Dans la comédie, comme dans la tragédie, les poètes travaillaient toujours les uns d’après les autres, et leur originalité n’élait peut-être pas aussi grande que nous l’imaginons. Ce que l’un avait dit, l’autre le reprenait, l’amplifiait. C’est ainsi que sont nées les belles légendes dont ils ont paré la terre, les eaux, le ciel. Mais ils ne s’en sont pas tenus là. Euripide et Mélito ont le droit de s’en plaindre. Cette dernière surtout aurait été cruellement mortifiée, si elle avait pu prévoir à quel mot obscène devait être accolé plus tard son nom, aussi pur et aussi doux aux lèvres que le miel attique. Elle a payé un peu cher l’honneur de vivre auprès d’un poète célèbre. Mais la malignité de la foule est impitoyable. La comédie ancienne l’était encore plus qu’elle. Pourvu qu’elle fît rire, le reste ne comptait pas.
Remarquons que, même dans l’Antiquité, on était loin de s’entendre sur le second mariage d’Euripide. Le récit variait avec chaque narrateur. Le nom de la seconde femme était incertain 2. Tantôt Choerilé était la première épouse 3, tantôt c’était Mélito^. D’autres enfin, pour
1. Cf. Wilamowitz, Analecta Euripidea, p. lAg, note. — Il est Arai que Zielinski, Die Gliederung der altattischen Komôdie, p. 83, veut trouver dans le mot Xotpoç des Thesmophories, v. 289, une allusion à la prétendue Choerilé. Je n’y vois qu’une grossièreté obscène, qui rappelle celle qui fit croire à l’existence véritable de cette femme. — Sur le sens de ce mot, voir les scholies du vers 3 de VHécube, dans Schwartz, I, p. Il sq., et comparer Acharniens, v. 764 sqq., avec les scholies. — S. Reinach (Revue Critique, 1893, n“ 21, p. 4o3) conteste l’explication de Wilamowitz, reproduite par Decharme, op. cit., p. 12. Le nom de Choerilé paraît-il dans l’épigraphie athénienne? Je trouve celui de Xotpi'vY) dans le C.I.A., vol. II, 3, n“’ i852, 4284, 4285, et quoique le masculin Choerilos soit bien attesté, jamais la forme féminine de ce mot, semblet-il, ne se rencontre. Si donc l’on a quelquefois donné à la prétendue seconde femme d’Euripide le nom de Choeriné, c’est précisément parce que Choerilé paraissait étrange, et la scholie de VHéeube garde toute sa valeur. Je m’en tiens donc à l’opinion de WilamoAvitz.
2. XoiptX-g dans la Vita, ligne 67, dans Philochoros, F. H. G., IV, p. 648, et dans la scholie du début des Thesmophories ; Xotpîvv) dans la plupart des manuscrits de Suidas et dans la Vita, ligne 27.