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LA ME ET LE CARAGTÈHE DE l’ÉCUIVAIN I9
concilier tous les témoignages, affirmaient, sans sourire, qu’Eiiripide avait eu deux femmes en même temps i. C’est le propre des légendes de subir des modifications perpétuelles. La seule vérité est stable, comme les faits.
Mélito, ce qui est, on l’accordera sans peine, une présomption de son honnêteté, donna trois fils à Euripide. Elle eut aussi sans doute des fdles, mais les biographes, par une habitude presque constante, ne les mentionnent pas. D’ailleurs, chez les anciens, les mâles seuls comptaient 2. L’aîné, Mnésarchidès, ainsi appelé du nom de son grand-père paternel, devint un commerçant. Le second, Mnésilochos, qui portait le nom du père de sa mère, fut acteur, à une époque où la réputation des acteurs commençait à éclipser celle des poètes. Le troisième enfin, Euripide, que Ton surnomma le Jeune, pour le distinguer de son père, suivit la même carrière que lui. 11 eut quelque réputation au iv® siècle, mais il est surtout connu, parce qu’il fit jouer les tragédies que le poète avait laissées en mourant 3, V Iphigénie à Aulis et les Bacchantes. Ce sont deux pièces de premier ordre. Il est probable qu’il retoucha la première avant de la donner au théâtre.
Voilà tout ce que nous savons de la femme et des enfants d’Euripide. Avouons que c’est peu de chose. Les modernes ont ici bien moins à croire les anciens qu’à se défier de leurs témoignages. La comédie surtout est une source presque inépuisable d’erreurs. C’est ce que l’on a reconnu depuis une trentaine d’années 4. Aussi, dans le nombre assez considérable des textes conservés, s’est -on efforcé de faire un minutieux triage. Tout ce qui vient d’Aristophane et de ses successeurs, tout ce qui s’inspire d’eux, a été prudemment écarté ou mis en doute. Ainsi, la figure d’Euripide, que nous n’entrevoyons pas encore
1. Aulu-Gelle, Noctes Atticae, XV, 20, 6. On a dit avec autant de raison la même chose de Socrate, auquel Xanthippe n’aurait pas suffi. Cf. Zeller, trad.franç., III, p. 59 sqq.
2. Quand Socrate, à la fin de V Apologie de Platon, ki e, recommande ses enfants aux Athéniens, il ne parle que de ses trois fils. Avait -il des filles? Cela est vraisemblable, mais nous n’en savons rien. — De même quand Laïos, inquiet de la stérilité de Jocaste, supplie Phoebos d’y mettre un terme, il est bien entendu que ce sont des mâles seuls qu’il demande: Phénic.,Y. i5 sq. Cf. Iphig. en Tauride,\. 67. — Pourtant Eschine nous parle de sa fille. Ambassade, 162, mais c’était un père de famille très affectueux et très bon,
3. Vita, ligne 27 sqq. — Suidas, à la fin de son article, assure qu’Euripidc le Jeune était le neveu du poète. Il est en contradiction avec le texte de la Ft7a et avec la scholie du vers 67 des Grenouilles.
4. Les Analecta Euripidea de Wilamowitz sont de 1875. Les mêmes idées sont reprises et développées dans VHerakles 1 du même philologue.
avec netteté;, il faut le reconnaître, nous est cependant apparue moins défigurée. Contentons-nous de ce résultat.
Le poète aborda le théâtre sous Tarchontat de Calliasi, en 455, à Fàge de vingt-cinq ans. C’est aussi à cet âge que notre Racine donna sa première pièce. Comme Euripide mourut, on l’a déjà vu, en 4o6, il a donc pendant une cinquantaine d’années travaillé pour la scène grecque.
On sait que pour concourir, en ce temps -là, il fallait présenter une tétralogie, c’est-à-dire trois tragédies et un drame satyrique. L’habitude de lier entre elles par le sujet toutes les pièces jouées en un même jour était tombée en désuétude. Eschyle seul savait composer et ordonner une Orestie. Sophocle aima mieux réduire les proportions presque démesurées de tels poèmes, pour donner plus de valeur et de perfection au détail. Euripide semble l’avoir imité. Si les trois pièces qu’il faisait jouer ensemble étaient peut-être liées entre elles par une idée maîtresse, qui en animait et vivifiait le tout 2, il n’a jamais, comme on le faisait auparavant, tiré une trilogie d’une seule légende.
Pendant les vingt premières années de sa carrière, il paraît avoir travaillé assez lentement. Cela résulte d’un renseignement précis qui nous a été conservé sur l’ordre de composition d’une de ses oeuvres. On nous apprend, en effet, que son Alceste, qui fut jouée en 438, quand il avait déjà dépassé la quarantaine, était son dix -septième drames. En ce temps-là, il écrivait donc à peu près une tragédie, soit environ quinze cents vers chaque année. Plus tard et surtout pendant la guerre du Péloponnèse, il allait bien plus vite. La souplesse de son style, qui est si prestigieuse, a dû lui coûter beaucoup de peine. Lui aussi n’a appris que difficilement à faire des vers faciles, et quand il en eut écrit bien des milliers.