‹ Euripide et ses idéesChapitre 152 sur 388 · LE MAL VIENT -IL DES HOMMES · texte numérisé non relu

LE MAL VIENT -IL DES HOMMES

Une foule de personnages se la posent dans ses drames s les messagers 2 et les choreiites3 la répètent, sans compter tous ceux dont nous ne connaissons pas les noms.

Quelle est leur réponse? Elle varie suivant leur âge, leur caractère, leur souffrance. Quelques-uns n’osent prendre un parti. Ils succombent sous l’infortune et n’ont jamais rien fait pour l’attirer sur leur tête. Ils jettent les yeux vers le ciel, où ils cherchent quelque témoin de leur innocence. Le ciel, sans s’émouvoir, ne leur en fournit point. Ils s’en vont alors en faisant leurs réflexions. Ont- ils raison de croire à la justice divine? Sont-ils des sots?

«Je suis pieux, dit un personnage inconnu. Je ne peux pas être traité comme un impie. Gela serait inconcevable. Ou bien faut -il admettre que Zeus, le dieu bon, est un dieu injuste^^^ »

Celui-là ne conclut pas. Un autre nous confie que, lorsqu’il voit succomber les méchants, il croit qu’il y a des dieux5. D’accord, mais il est bien permis de se demander, alors, s’il y croyait tous les jours.

Car la nécessité est inéluctable. Il faut, sous nos yeux mêmes, que le crime soit puni, que la vertu soit heureuse. Oreste le déclare à Electre. Il met en demeure les dieux de faire périr Égisthe par sa main, sinon il n’admettra plus leur existence 6. Et ceux-ci, qui ne veulent pas qu’il en doute, se hâtent d’accourir à son aide.

Mais ils ne le faisaient pas toujours. Une divinité a perdu sans raison, sans cause, la race d’OEdipe : pour commencer, elle a voulu qu’il eût des enfants de sa mère. Cela ne révolte pas Jocaste : il faut subir les arrêts des dieux, dit-elle 7. Est-ce indifférence sénile de sa part? Est-ce mépris pour des êtres fantasques, qui n’usent de leur puissance que pour tout bouleverser ?

Quelquefois le mal vient de nous- mêmes. Zeus, dans le

disait déjà: «Les hommes nous accusent toujours; ils prétendent

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