‹ Euripide et ses idéesChapitre 154 sur 388 · Théognis, V. 781 sqq · texte numérisé non relu

Théognis, V. 781 sqq

l’hérédité morale 173

Euripide qui, comme poète dramatique, était obligé de connaître les descendances maudites d’une foule de ses personnages, était aussi contraint d’accepter l’hérédité morale, qui avait fait imaginer ces descendances. Plus qu’ailleurs la loi était impérative dans la tragédie, où elle expliquait le malheur des Agamemnon, des Oreste, des Œdipe. Il dit donc, comme tout le monde, que les dieux punissent souvent les fautes des ancêtres, jusque dans leur postérité i. Mais on s’attend bien à ce qu’il ne s’incline pas sans murmure devant une loi si mal faite.

C’est dans VHippolyte, où les doutes semblent surgir de tous les côtés en lui, qu’il a fait cette protestation. Il y admet l’hérédité morale, jusqu’au moment où elle lui paraît trop douloureuse. Thésée, à la vue du corps de Phèdre, déclare que son malheur lui vient sans doute d’un passé lointain, et que les dieux lui font expier quelqu’une des fautes de ses aïeux 2. Il accepte la loi, pourquoi serions-nous plus difficiles ? Que son infortune ait ou non cette origine, cela le regarde, car cette infortune ne nous bouleverse pas et sa conduite n’a pas toujours été irréprochable.

Artémis fait comme Thésée. Quand elle vient justifier l’adolescent auprès de son père, elle rappelle, sans y penser, la loi cruelle : « Les dieux ont de la peine quand succombent les gens pieux, dit-elle, ce sont les méchants seuls qu’ils frappent dans leurs enfants, dans leur famille 3. »

Mais la mort d’Hippolyte, que faut- il en dire? Gomment étouffer la dernière parole du malheureux? « Je succombe à cause des fautes des Pallantides. » Et il a encore assez de force pour ajouter : a Pourquoi cette faute retombe-t-elle sur moi? Je ne suis pas coupable^. » Car si le malheur de Thésée, après le suicide de Phèdre, n’est pas infini, si même le chagrin d’Artémis, quand expire celui qu’elle aime, n’est pas inconsolable, parce qu’elle est déesse, Hippolyte ne pouvait pâs, ne devait pas mourir sans révolte. Sa protestation est nécessaire. Il eût été immoral qu’elle ne fût pas faite, non point parce que la victime est jeune et que sa mort est cruelle, mais parce qu’elle n’a pas commis

1. Héraclès, v. 1261 sq.; Électre, v. i3o6 sq.; Phéniciennes, v. 879 sqq., v. i556 sqq., V. iSgô sqq., Alcméon, fragm. 82 ; /. F. F,, 980.

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