Ibid., V. i382 sq
la faute qu’on lui impute et qui la tue. S’il avait expiré sans mot dire, Hippolyte aurait paru moins innocent. 11 sacrifie sa vie, mais il ne peut sacrifier sa conscience.
Aphrodite seule a perdu l’adolescent, et cette faute ne doit guère l’embarrasser. Elle en a commis d’autres, et de plus graves. N’est-ce pas elle qui, sous le plus futile des prétextes, a précipité les uns contre les autres les descendants de Danaos et les fils de Priam, et qui se plaît aux perfidies et aux massacres i? '
Athéna elle-même, parce qu’Ajax sans respect pour elle a enlevé Cassandre d’un de ses sanctuaires, ne rend-elle pas tous les Grecs responsables du sacrilège d’un seul, et ne passe-t-elle pas brusquement à leur égard d’un excès d’amitié à un excès de haines? On ne la savait pas si capricieuse.
Quant à Héra, qui n’est pas toujours très attirante chez Homère, elle devient une divinité jalouse et méchante. Elle frappe Ino de délire et la fait errer, malheureuse, loin de sa demeure 3. Eurysthée n’est pas libre de détester ou d’aimer le fils d’Alcmène. Sa haine contre le héros, il la doit à Héra qui en a empoisonné son âme^. Et l’on sait bien, quand on a lu V Héraclès, que cette déesse n’a pas toujours besoin de l’aide des hommes pour persécuter le bienfaiteur des Grecs 5.
Apollon ne sera pas mieux traité. Ses oracles, réputés infaillibles, sont des oracles impies. Le dieu qui a ordonné à Ores te de tuer sa mère, est le seul coupable 6. Au crime qu’il a commis, en donnant cet ordre inhumain, il ajoute la lâcheté, car non seulement il ignore ce qui est juste, mais il tarde beaucoup à venir en aide au parricide 7. La légende d’Oreste est d’ailleurs si révoltante que, si l’on y réfléchit, on ne peut y ajouter fois. Rejetons-la. 11 en restera une autre où le dieu