‹ Euripide et ses idéesChapitre 157 sur 388 · LE MAL VIENT DES DIEUX · texte numérisé non relu

LE MAL VIENT DES DIEUX

ne fait guère meilleure figure. Car s’il violenta Gréuse, il aurait bien dû ne pas affirmer qu’Ion, fruit de ce crime, était fils de Xouthos, à moins qu’Apollon ne puisse jamais que mentir, puisqu’il est le dieu de Delphes.

Zeus, le dieu des conquêtes amoureuses, où le peuple symbolisa la force du désir, — parce qu’il trouve à le satisfaire, la joie principale de sa vie, — deviendra le dieu des aventures scandaleuses, presque malpropres : l’amour n’est divin que pendant les années jeunes. Est-il si glorieux de s’introduire sous un déguisement dans la couche des femmes? Quand il séduisit Antiope, il était travesti en satyre i. Une autre fois, pour avoir Alcmène, il emprunta les traits d’ Amphitryon, et le mari n’eut pas à se féliciter de la métamorphose. Zeus est d’ailleurs un dieu oublieux, qui ne sait pas soustraire ses bâtards aux rancunes de sa femme 2. Cela est dans ses habitudes de nonchalance. Dans la guerre de Troie, — cette guerre voulue par Zeus 3, dont le Cyclope lui -même ne peut s’empêcher de railler cruellement l’origine^, — il livre aux Grecs sans un regret, sans un remords, le temple qu’il avait à llion. La ville qui s’écroule, il ne la regarde même pas 5. Pourtant Ganymède y était né. S’il est déplaisant de rappeler la passion que Zeus conçut pour le fils de Laomédon, si même on risque d’offenser sa divinité en y insistant, il n’était pas défendu d’attendre de sa reconnaissance qu’il fît quelque chose pour la patrie du bel enfant. Mais les amours des dieux n’ont rien de commun avec ceux des hommes, pas même la gratitude, qui pourrait peut-être les rendre plus tolérables 6.

Les dieux sont les auteurs de tous nos maux?. Ils sont jaloux de notre bonheurs. Ni la noblesse de caractère ni la noblesse de nais-

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