‹ Euripide et ses idéesChapitre 160 sur 388 · I. Bellérophon, fragni. 292, v · texte numérisé non relu

I. Bellérophon, fragni. 292, v

leur commande. Nul ne doit chercher à faire obstacle aux désirs ni aux volontés d’un autre. Zeus préside à cette harmonie, et son autorité semble reconnue. Si elle ne le craignait pas, Artémis déclare qu’elle n’aurait jamais laissé périr l’éphèbe qu’elle aimait.

C’était un moyen commode d’arranger les choses. Mais Thésée, qui souffre tant de cet arrangement, le trouve-t-il à son goût? Que dire de Phèdre et d’Hippolyte, qui en meurent? Notons toutefois un léger progrès. Dans Ylliade, les dieux s’injurient, se raillent, se menacents. Ici, ils semblent plus civilisés : les mœurs civiques des hommes se sont améliorées depuis Homère.

Quand Ménélas, après avoir fait naufrage en Égypte, ne sait s’il reviendra dans son pays, Théonoé lui déclare que les dieux vont délibérer sur son sort auprès de Zeus. Héra lui est favorable, mais Cypris veut le perdre 3. On entrevoit un conseil, où des avis différents seront émis, et celui qui le présidera devra en tenir compte, avant de rien résoudre.

Dans ces deux passages, Euripide accepte la pluralité divine, ses divergences, son autorité suprême. Il imagine les assemblées célestes comme celle des cités ordinaires, puisque l’homme, dans ce système religieux, sert toujours de modèle au dieu.

Mais avons-nous là sa véritable pensée? Assurément non. «Je ne crois pas, je n’ai jamais cru que les dieux se commandent l’un à l’autre^, » nous dit-il par l’entremise d’Héraclès. Sa déclaration est d’autant plus sérieuse qu’on oublie moins le moment où celui-ci la fait. Le héros n’y était pas obligé, au contraire. En acceptant, comme le lui proposait Thésée, que les dieux fussent des criminels, Héraclès avait une explication du malheur dont ils Tont accablé : cela pouvait l’absoudre du crime qu’il venait de commettre. Pourtant il rejette l’explication : tous ces récits sont imaginaires, dit il, et la divinité est plus grande qu’on ne le croit. — Sans doute, mais que devient alors la pièce, et si Héra n’est pas aussi méchante qu’on nous Ta montrée, pourquoi le héros a-t-il massacré Mégara et ses trois fils? — Une tragédie n’est pas un théorème. Héraclès reste avec sa douleur, qui

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