Héraclès, v. i343 sq
PEUT -ON CONNAITRE LES DIEUX? I -ÿQ
est immense, devant les cadavres ensanglantés des siens. Ses larmes, ses plaintes nous émeuvent. Gela suffit.
Euripide sera-t-il moins sévère pour les autres croyances, et admettra-t-il que les dieux aient nos habitudes et nos passions ? Aphrodite nous confie qu’ils ne sont pas insensibles aux honneurs qu’on leur rends et on les voit souvent se venger de ceux qui les insultent. Mais il faut tenir compte des habitudes mêmes du langage. Quand le poète affirme ounieque les dieux sont aveugles^, insensés^, qu’ils ignorent la loi morale^, ce ne sont que des expressions imparfaites dont il est obligé de se servir pour être intelligible. S’il dit qu’ils voient du plus profond de l’Éther les actions des hommes 5, tout le monde comprend sa pensée, sans s’attacher au sens strict des mots qu’il emploie.
En réalité, l’anthropomorphisme lui paraissait injurieux pour la divinité. 11 a trop souvent répété quelle ne doit pas avoir nos défauts 6, pour croire lui-même qu’elle les avait. S’il paraît insulter un dieu, qui se conduit comme un criminel 7, cela ne signifie pas nécessairement que ce dieu mérite ces injures, mais plutôt qu’il les mériterait s’il avait agi comme on le raconte. Et quand Castor et Pollux refusent de qualifier l’étrange conduite d’Apollon, dont l’oracle, dans la légende d’Oreste, a tant manqué de sagesse 8, soyons sûrs que leur réticence contient moins un blâme pour la divinité qu’une négation détournée de cette légende.
Voilà donc l’idée divine qui se dégage peu à peu de la masse des croyances populaires et qui s’épure. Elle est, comme il faut s’y attendre, toute négative. La divinité n’est pas telle que nous la concevons, et