Hélène, v. 5i3 sq. ; Bellérophon, fragm
DICÉ, DIVINITÉ NOUVELLE l83
aveugle et n’attendre d’elle aucune pitié. Et c’est après avoir beaucoup lu, beaucoup réfléchi, que le poète nous livre ces réflexions i.
Malgré cela, il identifie assez souvent la volonté divine avec le Destin. La confusion est remarquable et il faut la noter. Elle nous aidera peut-être à connaître le fond de sa pensée sur la divinité.
Voici plusieurs passages où cette confusion est certaine : Mégara affirme qu’il y a un certain courage à lutter contre les décisions des dieux, mais ce courage, ajoute-t-elle, est insensé, parce que personne ne fera en sorte que ce qui doit être ne soit pas 2. Donc, les décrets des Immortels ont l’inflexibilité rigoureuse de la Destinée.
Le chœur des Héraclides dit aussi que, sans la volonté des dieux, personne n’est heureux ni malheureux, parce que personne n’échappe aux arrêts du Destin 3. Et Thétis essaie de consoler Pélée, après le meurtre de Néoptolème, en lui conseillant de se soumettre à la Nécessité, puisque ce meurtre a été a^ouIu par Zeus Ces deux derniers exemples doivent suffire, et il est inutile de citer d’autres preuves de cette confusions.
On peut aller plus loin et prétendre qu’Euripide suppose même que la puissance de la Destinée, loin d’être supérieure à celle des dieux, peut quelquefois leur être soumise. Rappelons les vers du Cyclope, où Ulysse déclare que si les dieux ne le tirent pas sain et sauf des mains de Polyphème, il faudra penser qu’ils sont moins forts que le Destin 6. Ulysse traite cavalièrement les Immortels : sa piété lui donne des droits à leur faveur. 11 leur met le marché en main : qu’ils le sauvent ou ils auront lieu de s’en repentir. Et ce procédé d’intimidation lui réussit. Les dieux prouvent qu’ils existent encore, puisque le Destin est contraint de plier devant eux.
Mais pourquoi Ulysse sera-t-il secouru? Pour la raison qui fait triompher Thésée dans sa lutte contre Argos : parce que cela est juste.