‹ Euripide et ses idéesChapitre 171 sur 388 · INFLUENCES ETRANGERES I · texte numérisé non relu

INFLUENCES ETRANGERES I

il le prouve, puisqu’il confond le dieu tantôt avec l’Éther, tantôt avec les lois immuables du monde, tantôt avec l’intelligence humaine. Une seule chose lui paraît hors de doute : Zeus et Dicé, quelles que soient les apparences, agissent toujours de concert et conduisent notre vie. J’ai montré comme cette foi en une justice supérieure lui était chère, et comme elle dominait ses croyances religieuses. Oserai-je dire que, dans les trois hypothèses qui précèdent cette affirmation, nous avons un résumé curieux des emprunts principaux qu’il a pu faire à la pensée d’autrui, pour s’expliquer l’idée divine?

Zeus est le soutien du monde i, et il est soutenu par lui. C’est dire, en un langage un peu savant pour la tragédie, que le maître des dieux est identique à l’Éther. La croyance pouvait paraître neuve et ne l’était guère. Homère l’admettait déjà en quelques-unes de ses expressions, où Zeus n’est plus seulement l’assembleur de nuages et d’éclairs que l’on connaît, mais devient une force de la nature, la plus vaste et la moins personnelle. Zeus pleuvait comme le ciel 2. Les flocons de neige s’envolaient de Zeus 3, comme ils s’envolent aujourd’hui des nuages glacés. Les nuits, les jours 4, les années 5 venaient de Zeus, comme le vent qui souffle la tempête 6, ou l’arc lumineux qui se forme au sein du firmament dans les journées pluvieuses^.

Ce n’était donc pas une bien grande nouveauté de confondre Zeus avec l’endroit où il habitait. Car, si au milieu des hauteurs célestes où

1. rf|Ç 0 5(Y)[jLa ; ces deux mots se lisent dans la collection des œuvres d’Hippocrate

(Littré, vol. VI, p. 94). Or, ils sont empruntés à Diogène (cf. llberg, Studia Pseudohippocratea, Leipzig, Teubner, i883, p. 21), comme l’a montré Diels : Leu/cippos iznd Diogenes von Apollonia, dans le Rhein. Muséum, 1887, a^oL XLIl, p. 12 sqq. — Pour Diogène, l’àvîp est le yviç parce que, dans son système, l’air était le principe de

tout. — Anaximène, qui a peut-être inspiré Diogène, s’exprimait avant lui de la même manière. Cf. Diels, Doxographi graeci, p. 56 1, 4 sqq. : «La terre est plate et portée (ô)(ou[i,évY)v) par l’air. De même, le soleil, la lune et tous les autres astres ignés sont portés (èTioxeîcrôai) par l’air, à cause de leur largeur». — Le rapprochement est de Nestle, Untersuchungen üb. d. philosophischen Quellen d. Euripides, dans le Philologus Supplementband VIII, p. 682.

2. Iliade, XII, v. 25; XVI, v. 385 sq. ; Odyssée, IX, v. iii.

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