‹ Euripide et ses idéesChapitre 172 sur 388 · Iliade, XI, v. 27 scj · texte numérisé non relu

Iliade, XI, v. 27 scj

trône le dieu, l’Éther est pour Euripide, comme pour Homère i, une immensité lumineuse qui s’étend au-dessus de la terre, c’est aussi quelquefois un élément animé, une sorte de divinité cosmique, impersonnelle et incommensurable. Aucun fragment des tragédies dont le titre nous est inconnu, n’a été plus souvent cité par les anciens 2 que le suivant : « Tu vois dans les hauteurs du ciel cet Éther sans limites qui enveloppe la terre dans ses bras humides ? C’est Zeus, c’est un dieu, sois-en sûr3. » Ces vers sont remarquables. La divinité de Zeus y grandit et ée perd dans la partie la plus vaste et la plus reculée du monde. Si le dieu garde encore dans ses contours un peu de la forme humaine, cette forme est aussi indécise que celle des nuées changeantes qui courent dans le ciel^. Sa puissance, il est vrai, est augmentée et rend presque ridicule celle du petit dieu qui siège sur l’Olympe. Mais que devient sa conscience, et les regards qu’il jette sur les hommes, et ceux dont il scrute le fond de leur cœur, s’il est à peine distinct de l’immensité des nuages derrière lesquels il se cache ?

Donc, le mot Éther, à côté de son sens usuel, qu’il garde le plus souvent, devient quelquefois un synonyme agrandi de Zeus. Par une transition naturelle, le plus puissant des dieux, mélangé à la portion supérieure de l’univers, sera assimilé à une nécessité de la natures, c’est-à-dire qu’on le concevra comme une des forces aveugles du monde, auxquelles tout est soumis. C’est dans ce sens que le poète a pu dire ailleurs que tout naissait de l’Éther de Zeus et de la Terre immenses.

Cette conception nouvelle était fort riche et pouvait être étendue à d’autres divinités. L’une d’elles, Cypris, par un retour aux idées primitives qui lui avaient donné naissance'^, parcourra les airs, se mêlera

1. Iliade, II, v. 4i2. Cf. Euripide, Troyennes, v. 1077 sqq.; Mélanippe la philosophe, fragm. 487; LF. F., 91 1.

2. Entre autres par Lucien, Stobée, Clément d’Alexandrie, Tzetzès.

3. I.F.F., 941. Cicéron, De nat. deorum, II, 26, 65, a traduit ce fragment. Cf. I. F. F., 877.

4. C’est pourquoi Aristophane a écrit ses NeçiéXai, où les Nuées du chœur ne sont que des incarnations féminines de l’Éther d’Euripide. On sait combien Aristophane s’est moqué de cet Éther. Cf. Nuées, v. 266 ; Grenouilles, v. 100, v. 892, v. i352.

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