‹ Euripide et ses idéesChapitre 176 sur 388 · Decharme, op. cil., p. 4o sq · texte numérisé non relu

Decharme, op. cil., p. 4o sq

4. Rapprocher Pausanias, IX, 3o, 4, qui nous dit qu’Orphée n’avait pas seulement composé des vers que récitaient ceux qui voulaient être initiés, purifiés, réconciliés avec les dieux, mais encore ceux qui demandaient à être guéris de quelque mal. Il va de soi qu’il s’en fallait de beaucoup que tout ce qui était attribué à Orphée fût véritablement de lui, et Pausanias lui-même, 1, i4, 3, a des doutes.

combé, déclare qu’aucun de ces remèdes ne saurait rendre la vie à la mortel. Sa critique, on le voit, n’est pas très acerbe. 11 vient de constater lui- même que rien ne prévaut contre les lois de la nature. 11 refuse aux formules attribuées au chantre de Thrace tout pouvoir magique. De la part d’Euripide, très défiant à l’égard du merveilleux, le contraire seul pourrait surprendre.

Dans l'Hippolyte, au contraire, le ton est beaucoup plus amer. Le fils de Thésée (on l’a trop bien dit pour qu’on essaie de le redire 2) est un véritable orphique par sa chasteté et sa mystique adolescence, ou plutôt, car les poètes transforment tout ce qu’ils touchent, Euripide a idéalisé le seul orphique que l’Antiquité nous ait légué, en projetant sur sa jeunesse un reflet qui la rend presque divine. Cependant, Thésée qui a recueilli dans les mains mortes de Phèdre l’accusation mensongère, croit son fils coupable. Il lui crie : « C’est bien cela, glorifie-toi, cherche à nous en imposer avec ta nourriture végétale. Tu as, dis-tu, Orphée pour maître, fais l’initié, et adore la fumée de ses écrits innombrables : te voilà pris. Les hommes de ton espèce, moi, je le dis bien haut à tous, il faut les fuir : avec leurs paroles hypocrites, ils essaient de nous en faire croire, mais ils n’ont que de honteuses intentions 3. »

C’est là, comme on l’a très bien vu, l’expression de la méfiance haineuse du peuple à l’égard de toute croyance nouvelle. Hippolyte n’est pas criminel parce qu’il est orphique, mais Thésée insiste assez rudement sur la coïncidence, pour qu’on se demande s’il n’a pas de la joie à la constater : on n’est jamais fâché de trouver en défaut ceux que l’on n’aime point.

Il reste pourtant une chose : la beauté de l’éphèbe rend incertaine l’intention véritable de celui qui Ta créé. Si Euripide avait eu pour rOrphisme l’estime plus que médiocre dont on parle, pourquoi Hippolyte serait-il aussi admirable? Ses gestes ont la décence réservée des êtres vierges, ses yeux leurs regards un peu lointains, et son âme est aussi fraîche que les fleurs printanières avec lesquelles il a tressé, pour la chevelure dorée de sa déesse, la couronne qu’il tient à la main quand il arrive sur le théâtre^. Ce n’est pas ainsi qu’Euripide a coutume d’imaginer les personnages qui lui sont antipathiques.

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