Théogonie, v. 176 sqq
INFLUENCES ÉTRANGÈRES IQQ
ni té formidable, n’était plus qu’un élément impersonnel du monde, sur lequel les idées restaient dans le vague. Son nom même n’était pas précis. L’esprit humain, qui commençait à s’éprendre de réalité, essayait de lui en substituer d’autres : Zeus, l’Éther remplaçaient quelquefois Ouranos. Mais Hésiode avait toujours entrevu le premier l’union féconde des deux éléments, de la Terre et du Ciel.
Et n’avait-il pas aussi, après la mutilation d’Ouranos, décrit la naissance d’Aphrodite, qui se levait, blanche sur la mer, de la blanche écume amassée autour du sang et des débris sexuels du dieui? Les personnages qui président ou prennent part, dans Euripide, à l’union symbolique des forces du monde, sont tous dans le poète d’Ascra. Pourquoi les chercher ailleurs? S’ils ont changé de visage, s’ils ne sont plus les dieux de la Théogonie, ceux que notre poète emprunte à Homère sont-ils toujours moins rajeunis? Et dans Hésiode lui-même, Aphrodite est-elle si éloignée d’être le principe de la vie universelle, elle qu’accompagnent Éros et Himéros, quand elle va prendre sa place d’honneur dans l’assemblée des dieux?
Quand on regarde simplement les faits, et que, par tempérament ou par habitude, on n’éprouve aucun besoin de les compliquer, il semble donc impossible de trouver dans les théories cosmogoniques d’Euripide autre chose que des souvenirs plus ou moins exacts du poème d’Hésiode, souvenirs dont il ne faut pas exagérer l’imporlance, puisqu’il ne s’y est lui-même guère attardé. 11 avait lu la Théogonie^ comme l’avait fait Eschyle 2, avant d’écrire son Prométhée, de la même manière et avec la même attention qu’il lisait toute chose. 11 s’inspira de ce poème puissant et le refit comme il lui plut. Qu’à la vision originelle d’autres éléments se soient mélangés, qu’il tira des autres ou de lui-même, cela est hors de doute. Nous ne pensons