Théogonie, v. 188 sqq
2. Aussi Eschyle, comme je l’ai marqué quelques pages plus haut, prétend-il que la Terre et le Ciel s’unissent sous les auspices d’Aphrodite ; ainsi naît la vie universelle. Il est évident qu’Hésiode a inspiré ces idées au poète des Danaïdes. Pourquoi ne veut-on pas admettre la même influence pour Euripide, qui dit exactement la même chose? Il est vrai qu’Empédocle dans son poème sur la Nature admettait, à côté des quatre éléments matériels, tels que le feu, l’air, l’eau et la terre, deux principes de mouvement, la Discorde, Neïxoç, et l’Amour, tpiXoT/jç, qui par association et dissociation produisaient la multitude des êtres. Or, cet Amour, comme on l’a remarqué, ne l’appelait-il pas quelquefois ’AçpoôiTYj? Cf. Diels, Poetarum philosoph. fragmenta, p. ii3, V. 16 sqq.; Platon, Sophiste, 2/I2, C. D.; Tannery, Pour l’histoire de la science hellène, p. 33o. Mais quelle conclusion a-t-oii le droit de tirer de cette coïncidence? Et s’il est question d”Acf:poûÎTy) dans Euripide, est-ce que Nsîxoç est seulement nomme?
F. MASQUEUAÏ.
jamais comme ont pensé ceux que nous lisons. Les idées qu’ils nous suggèrent sont transformées en notre esprit, qui les refait et les agrandit, s’il a quelque vigueur. Mais peut-on, comme dans un instrument d’optique, y suivre la marche de chaque rayon, voir comment il se réfracte et quelle image il fait naître? Ce travail, d’une difficulté presque infinie, n’a jamais été fait pour un moderne. Quelle apparence qu’il aboutisse à un résultat, quand il s’agit d’un ancien, dont nous ne pouvons même pas imaginer les sensations, ni la vue coutumière, ni la vie quotidienne ! Oublierons-nous que la lumière seule qui l’éclaira nous éclaire encore, que tous les objets familiers à ses regards se sont évanouis, que nous n’avons peut-être pas, dans notre façon de vivre, une seule sensation, une seule pensée qui soit identique à celles qu’il a eues? Et nous voudrions retrouver non seulement sa conception de l’univers, mais encore le fonds obscur d’où elle germa! 11 y a des choses qu’il faut se résoudre à ignorer. Jamais nous ne saurons comment ont été élaborées les pensées d’Euripide. Contentons-nous d’en entrevoir çà et là les germes.
A quelle conclusion parvint-il, ou plutôt quelle était sa pensée dernière, quand il cessa de vivre? Comme on n’a jamais pu, en ces graves problèmes, aboutir à une conclusion certaine, ce qu’il importe de connaître, quand on étudie ceux qui en ont cherché une, c’est de suivre le chemin qu’ils ont parcouru, et surtout de préciser le point où s’arrêta leur suprême effort.
La tragédie des Bacchantes montre jusqu’où il arriva. Ce n’est pas, on l’a vus une œuvre de croyant. Est-il juste de dire que ce soit celle d’un sceptique? Mais n’y a-t-il pas quelques paroles singulières en ce drame? Leur a-t-on donné leur signification vraie? Ont-elles été assez méditées par les modernes?
Quand le poète, vieilli, se plaint que la vie soit courte, qu’on la passe à poursuivre des rêves chimériques et qu’on perde le fruit des réalités présentes 2 ; quand il conseille de se détourner de ce qu’enseignent les orgueilleux et de se contenter de la croyance et des pratiques de