Iphig. à Aulis, v. 5i8 sqq
LES PRATIQUES RELIGIEUSES 207
de l’argent aux esprits crédules i. En veut-on une preuve éclatante? Pendant la guerre de Troie, — cette guerre si longue et si sanglante, qui n’a été faite que pour se disputer une femme irréelle, un fantôme, — Calchas n’a rien dit aux Achéens, quand il les voyait périr en foule. Dans l’autre camp, Hélénos n’a pas, non plus, prévenu les Troyens. C’était pourtant une occasion unique pour l’un et pour l’autre de se servir de leur art, puisque par une mystification qui n’est pas ordinaire, les Argiens ont succombé sous des malheurs infinis, et que la ville de Priam a été réduite en cendres 2.
Mais, dira-t-on, la divinité ne leur permettait pas de parler. Pourquoi alors les consulter? En réalité, la divination n’a été imaginée que pour tromper les hommes. Vous en doutez? Fiez-vous à elle. Restez inactifs. Surveillez la flamme des sacrifices. Vous verrez bien si vous vous enrichirez. Le meilleur devin, c’est le bon sens et un esprit prudent 3.
C’est ce que disait déjà Hector dans Vlliade. Quand il s’apprêtait à charger l’ennemi, il ne s’inquiétait guère des oiseaux aux larges ailes. Qu’ils volassent à droite, du côté de l’aurore et du soleil, ou à gauche, vers le couchant obscur, le meilleur augure pour lui, le seul, c’était de combattre avec courage pour sa patrie^.
Ainsi, les dieux seuls savent l’avenir. Ils ne nous le révèlent par aucun intermédiaire. Telle est la pensée d’Euripide 5. On regrette presque qu’il ne soit pas allé plus loin. On voudrait qu’il eût dit quelle gratitude les hommes devraient avoir à Tégard des dieux, pour l’ignorance où ils sont de ce qui les attend, et quel mauvais service leur auraient rendu les devins s’ils avaient quelquefois dissipé cette ignorance. Si nous connaissions l’avenir, notre vie serait le plus souvent intolérable. En mettant un bandeau sur nos yeux, la divinité
1. Bacchantes, v. 255 sqq. Cf. Sophocle, Antigone, v. io55, et OEdipe-Roi, v. 388 sq.
2. Hélène, v. 742 sqq. Ce drame est du printemps de 4i2, et l’armée de Nicias, en Sicile, fut détruite au mois de septembre 4i3. Or, les devins avaient plus contribué que d’autres à engager la république dans cette expédition désastreuse, surtout ceux d’Alcibiade (cf. Plutarque, Vie de Nicias, i3). On était donc fort en colère contre eux, (Cf. Thucydide, VII [, i) et Euripide leur marque sa rancune. (Cf. Radermacher, Euripides and die Mantik, Rhein. Muséum, 1898, p. 497 sqq.) Ajoutons qu’il n’avait pas attendu cette preuve de la vanité de leurs prédictions pour ne pas y croire, puisque le P hiloctète, dont y Al rappelé plus haut le fragm. 795, est de 43 1, c’est-à-dire de l’année même où commença la guerre du Péloponnèse.