Ibid., Vil, V. 1 13 sq
b. Andromaque, \. 62 7 sqq.
Vraiment, c’est aller un peu vite. Le vieux Pélée exagère. Est-il bien sûr que la réconciliation ait été si tôt scellée ?
Il est vrai qu’il était bien difficile de représenter, sur un théâtre, la rencontre du mari trompé et de l’épouse coupable, après les dix années du fameux siège. Nous revoyons en cet instant solennel tous les morts dont Y Iliade est semée. Ils ont succombé pour la femme merveilleuse, les uns pour la garder, les autres pour la reprendre. Après tant de luttes et de sang versé, que pouvaient bien se dire Ménélas et Hélène, qui répondît à notre attente et s’accordât avec la légende? Car il ne faut pas qu’Hélène soit tuée par le mari, ce qui serait plus expéditif et plus logique. Il faut, au contraire, que Ménélas pardonne. Mais peut-il le faire sans paraître faible, surtout au théâtre, où il est nécessaire que les choses aillent vite, trop vite même pour que l’époux conserve sa dignité en ce lieu, où justement une certaine raideur d’allure est presque obligatoire?
Dans l’épopée, où la narration peut avoir les arrêts, les retours, et l’amplitude désirables, il était, sans doute, possible de raconter la scène. Du moins, nous voyons dans YOdyssée les deux époux réconciliés, et le spectacle de leur tranquille bonheur est d’une beauté souveraine i. Ils en ont fini avec les aventures, les divisions, les querelles. Toutes ces épreuves se sont évanouies, comme une nuée qui s’évapore en un ciel ardent. Elles sont déjà reculées en un passé mystérieux, sur lequel, pour ainsi dire, se détachent leur paix et leur gloire. Car ils sont supérieurs à leurs contemporains. Héros d’un âge antérieur, témoins d’une époque disparue, qui fut prodigieuse, l’admiration populaire se plaît à les grandira. Elle donne à Ménélas une stature plus imposante, à Hélène une beauté que le temps ne peut ternir. Elle les préserve des misères et de la décrépitude de la vieillesse. Après une vie qui a déjà sur son déclin un peu de l’attirance